Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

La Lorraine Religieuse - Page 4

  • Lunéville

    Comme en promenade (2)    

    Lunéville. (Terre ducale jusqu’à la réunion de la Lorraine à la France en 1766)

     

                Pour se rendre à Lunéville depuis Nancy, il faut traverser une zone industrielle importante où s’accomplit une des activités les plus habituelles de Lorraine, l’extraction et le travail du sel. La campagne autour de Dombasle et Varangéville conserve encore quelques petites maisons de bois si caractéristiques qui étaient des puits anciens d’exploitation du sel. Au milieu de cette région se dresse la basilique St Nicolas de Port haut lieu de pèlerinage lorrain.

                La petite ville fut aux XVIè et XVIIè siècles un grand centre économique et les marchands de St Nicolas étaient connus partout dans les foires d’Allemagne et de la Hanse. Pour abriter une relique de St Nicolas rapportée de Bari au XIè, on construisit plusieurs églises dont la dernière, cette magnifique basilique gothique que les fidèles envahissent deux fois l’an en foule, à la St Nicolas d’hiver le 6 décembre et à la St Nicolas d’été, le lundi de Pentecôte.

                L’histoire de Lunéville commence avec la fondation de l’abbaye St Remy à la fin du Xè siècle et le petit bourg qui va très vite entourer le monastère et le château comtal érigé sur les bords de la Vezouze. La ville déjà conséquente au XIIè, s’enrichit au XVIIè de nombreuses fondations religieuses dans le renouveau spirituel et l’expansion catholiques de la réforme du Concile de Trente : les  Minimes s’installent en 1620,  les chanoines de St Pierre Fourier pour l’enseignement des garçons et le noviciat  en 1622, les sœurs  de Notre-Dame pour l’enseignement des filles en 1628, les capucins en 1633 et au début du XVIIIË, en 1703 les bénédictins et en 1707, les carmes !

                Le Duc de Lorraine Léopold revenu dans ses Etats en 1697, décide de quitter Nancy pour établir sa résidence à Lunéville:  en 1703, il confie la reconstruction du château à l’architecte Boffrand. Stanislas poursuivra l’embellissement du château achevé dans ses grandes lignes en 1709.

                L’église St Jacques actuelle, enserrée dans les bâtiments abbatiaux devenus municipaux après la révolution, a été construite, ainsi que l’abbaye, de 1730 à 1745. Elle ressemble beaucoup à St Sébastien de Nancy et peut-être a-t-elle le même architecte, Jean-Nicolas Jennesson. Avec la cathédrale, les églises St Sébastien et Notre Dame de Bonsecours, St Joseph des Prémontrés maintenant temple protestant, la chapelle Ste Elisabeth et celle de Maréville à Nancy,  l’abbatiale des Prémontrés à Pont-à-Mousson, la décoration intérieure de l’église St Martin de Pont-à-Mousson et nombreuses églises de villages plus modestes mais de même esthétique, nous rencontrons  l’univers spirituel intérieur du catholicisme lorrain durant plusieurs siècles : des églises claires, élégantes, chaleureuses et pleines de couleurs, toutes centrées sur l’autel et la chaire, montrant par de nombreux tableaux, la vie du Seigneur et de sa mère, la vie des Saints (François d‘Assise et Antoine de Padoue, François Xavier, Charles Borromée, Sébastien, Bruno, François de Paule, Jean Népomucène le saint de la confession, Pierre Fourier et Augustin... sont parmi les préférés). Mais il ne faudrait pas penser que le catholicisme lorrain n’est qu’extériorité et sensibilité.

                La réforme catholique fut justement de soutenir la vitalité extérieure par un grand renouveau de l’intériorité: Lunéville est ainsi la patrie du peintre Georges de la Tour (1593-1652) qui « excellait dans la peinture des nuits... » et du Frère Laurent de la Résurrection (1614-1691) carme, cuisinier, savetier et grand mystique.

                Il faut noter aussi à Lunéville la présence d’une synagogue, qui avec celles de Carpentras et Cavaillon (dans le Comtat Venaissin, terre du Pape), fait partie des plus vieilles synagogues conservées en France. Elle fut construite en 1785 par l’architecte Piroux, auteur également de la synagogue de Nancy (1787-1788) et témoigne de la vitalité de la communauté juive de Lunéville sous la conduite de son syndic Abraham-Isaac Brisac.

                Au-delà de Lunéville commence la grande forêt vosgienne. La forêt est une des grandes constituantes de l’âme lorraine; le pays est un pays de forêt avec ses étangs et ses industries typiques : les scieries et les verreries. Depuis plusieurs siècles, Baccarat, au milieu de ses forêts, poursuit cette activité artistique par excellence qu’est la production du cristal.

                C’est aussi dans les environs de Lunéville, à Brouville, que naquit en 1924, 5 ans avant la naissance officielle, la Jeunesse Agricole Catholique (JAC). En effet, l’abbé Jacques réunit dans son village la première équipe de Jeunes Agricoles « pour approfondir la foi, se soutenir et avancer dans la profession, pour être un lien catholique entre les villages » (notes de l’abbé Jacques)

    Sans titre.png

    Château de Lunéville

  • Autour de la Mystique Rhénane

    Nous vous signalons les activités proposées à Notre Dame de Bonsecours de Nancy dans le cadre du 150ème anniversaire du Couronnement de la statue de Mansuy Gauvain par le Bienheureux Pape Pie IX.

    DIMANCHE 8 FEVRIER 2015

    15H     accueil en musique
    15H15 – 16H15 : exposé P. Bombardier 

    « Désir de Dieu, désir du ciel
    dans l’histoire de notre Eglise »
    exprimé à l’époque romane, à l’époque gothique et à l’époque baroque

    16H15Présentation de la spiritualité rhénane  du XII è au XVème siècle. Elle sera notre guide tout au long de l’année. 
    17H vêpres du 5ème dimanche ordinaire

     

                            Ainsi que des…  Concerts lecture

    Nous vous proposons ensuite deux après-midi de dimanche pour nous familiariser avec cette spiritualité rhénane, si proche de nous par la géographie… et par la sensibilité !

    Lecture de textes, brèves méditations, intermèdes musicaux, prière  15H- 17H

    Le 1er mars : 15H-17H

    Autour de la béguine Hadewijch d’Anvers du XIIIème siècle , ses poèmes et ses lettres.
    Martine Boiché et Dominique Eder
    Lecture  accompagnée au luth/guitare. 

    16H 45 chant des vêpres des dimanches de carême.

    Le 8 mars : 15H-17H

    Autour de Jean Tauler mystique alsacien rhénan du XIVème siècle.  Ses sermons.
    Père Jacques Bombardier
    Lecture accompagnée à l’orgue.

    16H 45 chant des vêpres des dimanches de carême.

    Béguinage à Bar le Duc. « Le Bourg est divisé des rues suivantes ; la Grande rue du bourg, à présent rue St Antoine, la rue du Moulin ou du petit bourg et la rue des écuries anciennement du béguinage ou petit couvent. L’ancienne maison du béguinage était dans la rue du petit couvent, autrefois des vieilles béguines ou des écuries. la chapelle fut consacrée le 28 avril 1464. On recevait dans cette maison un certain nombre de femmes veuves ou de filles âgées qui devaient visiter et soulager les pauvres malades. Ces femmes se nommaient béguines ; dans le Seizième siècle, ces béguines s’étant relâchées de leur institut et s ‘étant laissées engagées dans les erreurs de Calvin, le grand duc Charles donna leur maison aux bourgeois de Bar pour y mettre les pauvres malades.  Ce qui  a duré jusqu’à ce que cette maison fut achetée par Nicolas François prince de Lorraine abbé commendataire de l’Ile en Barrois. Cette maison accompagnée d’une petite chapelle, a été rebâtie depuis peu. » Dom Calmet In  Notice de Lorraine  éd. de 1840 p. 85-86. Durival  Mémoire sur la Lorraine et le Barrois  1766 

    Richer de Senones 1190-1266 nous fait  découvrir dans sa Chronique le béguinage de Saint-Dié, installé dans une maison, en contrebas de la ville haute en face du Robache. Il brosse un portrait singulier de la responsable des béguines, Sibille de Marsal et dit beaucoup de mal des béguines… comme le faisaient volontiers les vieux ordres devant cette nouveauté de femmes vivant, seules,  libres et sans clôture.

    La spiritualité de ce milieu très fervent se diffusa par réseau plus ou moins secret jusqu’à ce que l’Eglise lui donne droit de cité en confiant les béguines et leurs fidèles à la garde des Cisterciens de St Bernard.

  • De la liberté d'expression

    Pour continuer à réfléchir sur les événements de la semaine dernière, nous nous permettons de vous renvoyer

    à cet article de la Croix du mercredi 14 janvier 2015

    et aux récents propos du Pape François
     
     
  • Nancy (terre de Lorraine jusqu’en 1766)

    Comme en promenade…

             Brève histoire de l’Eglise catholique de Nancy.

             A tout Seigneur, tout honneur ! Commençons notre promenade par Nancy !

             La cité porte dans ses murs, dans ses pierres, dans ses places et ses rues, toute son histoire millénaire.

             C’est d’abord la Ville Vieille. Le palais ducal s’impose aux regards, à la fois austère comme un couvent du Moyen Age – n’a-t-il point un  cloître ? N’est-il pas accolé à une grande église ? - et déjà pourtant maniéré et décoré comme un palais renaissant. La monarchie ducale lorraine s’est voulue résolument catholique, rempart à la fois contre les influences protestantes toutes proches et contre la pression ottomane exercée sur la chrétienté. Mais cette volonté, inspirée de la monarchie catholique espagnole était comme tempérée et adoucie par la grande influence des fils de St François, du Poverello d’Assise et de son évangélisme doux et exigeant et par le goût de la « république à l’italienne » représentée par les Etats régulièrement convoqués.

             L’Italie d’ailleurs est toute présente dans cette vieille ville: de nombreuses maisons sont d’une architecture inspirée des canons de la Renaissance italienne, les toits des maisons sont plats et recouverts de tuiles comme on en trouve seulement dans le midi et en Italie...

             L’arrivée de la dynastie angevine sur le trône ducal lorrain au XVè siècle a apporté au pays bien des influences  de la péninsule italienne, tant au point de vue de la culture que de la vie chrétienne. Le catholicisme lorrain sera plus joyeusement tridentin que son voisin français, plus aimable, plus humaniste aussi.

             Car avec la Renaissance culturelle, viendront aussi toutes les nouveautés chrétiennes italiennes et espagnoles. Les jésuites d’abord: leur noviciat et maison de retraite spirituelle était dans la maison St Stanislas qui existe toujours, dans la Ville Nouvelle construite par Charles III à la fin du XVIè siècle. Leur collège était au point central actuel ainsi que leur chapelle, l’église St Roch. Toute l’élite de la cité les fréquentera, officiers ducaux, grandes familles, tous les maîtres des métiers....

             Le peuple leur préfèrera toujours un peu plus les franciscains ou les capucins installés rue St Dizier actuelle....à moins qu’il ne fréquente l’ermite Pierre Seguin qui vivait retiré sur les pentes du plateau de Vandoeuvre, conseiller des uns et des autres et surtout traducteur et diffuseur des œuvres de Ste Thérèse d’Avila, la réformatrice du Carmel.

             Et il faudrait parler de tous les autres: Nancy était appelée la Cité des Moines ! .... avec les Minimes, les Tiercelins de la rue du même nom, les Antonins, les Bénédictins de St Léopold, les Prémontrés (dont l’église baroque sert aujourd’hui de temple pour la communauté protestante réformée), les Dominicains et Dominicaines (en Vieille Ville), les Carmélites, la Visitation de la même rue où le Père de Caussade, jésuite et grand spirituel du XVIIè siécle, écrira son livre: « l’abandon à la Providence divine », les Bénédictines du St Sacrement... les sœurs macarons !.. tous installés à Nancy dans le courant du XVIIè siècle.... sans oublier les Chartreux, aux portes de Nancy, à Bosserville en 1666 !

             Entre la Ville Vieille et la Ville Nouvelle, se trouve la Ville de Stanislas. Toute l’exubérance du baroque.... qui vient encore renforcer le caractère étrange de Nancy. L’architecture de la Place Stanislas est bien française... mais les grilles de Jean Lamour et les fontaines de Cyflé soulignent l’influence baroque de l’Europe centrale, de la Bohême et de la Pologne chères au bon Vieux Duc Stanislas, de l’Autriche tant admirée par les ducs Charles et Léopold.... Quand la France et l’Autriche –ennemis jurés - feront alliance en 1756, les lorrains  édifièrent un monument sur la Place d’Alliance, se réjouissant de voir leur antique fidélité impériale se marier heureusement avec leur nouvelle fidélité française. Cela tenait tant à coeur qu’on a pensé élever un monument pour célébrer cette unité !

             La cathédrale de Nancy (depuis 1777, à la création du diocèse de Nancy) si proche en conception de l’Èglise Saint André de la Vallée à Rome, elle aussi est d’un baroque, doucement atténué: c’est sans doute pourquoi elle est si mal comprise et si mal aimée des Français.... comme d’ailleurs sa voisine St Sébastien... ou Notre-Dame de Bonsecours, ce bijou comme transplanté de Pologne ou de Bohême où reposent le duc Stanislas et son épouse Catherine.

             Et puis Nancy n’a cessé de grandir. Le XIXè siècle apporte bien des nouveautés. Place Carnot, c’est l’Université. Il faut le rappeler: s’il y a une université à Nancy aujourd’hui, c’est parce que les catholiques de la ville conduits par le Baron Prosper Guerrier de Dumast se sont mobilisés et ont obtenu que soit rétablie l’antique université de Pont-à-Mousson supprimée par la Révolution et que l’Etat de 1850 voulait enterrer définitivement.

             Les églises de cette époque - St Epvre, St Léon, Sacré Coeur, St Pierre, Notre-Dame de Lourdes, St Fiacre, St Joseph...- sont toutes « néo ».... gothique, romane ou byzantine. La ville est en pleine expansion et il faut construire.... L’art civil est « l’art nouveau » plus naturaliste, social et patriotique – « gagner un Sedan artistique » - que chrétien. Encore que Gallé grave bien des passages de l’Evangile sur ses vases !

             Nancy, autour des années 1900,  est un véritable foyer artistique et intellectuel que consacre l’exposition Internationale de 1909 au parc Ste Marie. Au même moment où les artistes de l’Ecole de Nancy créent des formes et des techniques nouvelles, une trentaine de prêtres professeurs au Grand Séminaire et dans les Ècoles catholiques de la ville, créent un nouveau dictionnaire de théologie catholique qui fait encore autorité: les abbés Vacant et Mangenot aidés de leurs collaborateurs nancéens écrivent le Dictionnaire de Théologie Catholique....en même temps que bien des laïcs se lancent dans les oeuvres.

             En effet, ce qui caractérise ce XIXè siècle catholique, c’est la multitude des oeuvres, l’insatiable soif de créer des services nouveaux pour fortifier le tissu social et annoncer l’Evangile: fondations pour les orphelins, pour aider les gens de maisons hommes et femmes, catholiques sociaux à l’origine de mutuelles d’assurance, services des malades, accueil des étudiants dans une université en expansion, création de la Conférence St Vincent de Paul, animation de nombreux journaux catholiques dont un quotidien....Tout cela culmine dans le Congrès Eucharistique de Nancy en 1914. La ville garde mémoire de quelques grands personnages de l’Eglise issus de ses rangs, comme les cardinaux Matthieu et Tisserant, le Père Jean Ploussard rédemptoriste et apôtre des Touareg; elle se souvient aussi du séjour mouvementé de Charles de Foucauld, officier loin encore de la conversion.

  • Voeux 2015

    Sans titre.png

    Bien chers amis, lecteurs du blog des affaires culturelles du diocèse de Nancy…
    Je vous présente tous mes vœux de sainte et bonne année 2015… pour vous et pour tous les vôtres. Permettez-moi de vous dire ces vœux avec ces quelques lignes inspirées du Père Maurice Zundel :

    « La Bonne Nouvelle de l’Evangile, c’est quelque chose d’immense.
    Voilà, Dieu nous est livré, faites-en ce que vous voulez !

    Dieu vous est livré ! Il risque tout.
     Il n’est pas là une menace embusquée au milieu de votre chemin.
    Il est, en croix, les deux bras liés de l’Amour
    que vous seul pouvez délier.
    Car, s’Il doit ressusciter, Il ne le peut que dans votre vie, dans votre cœur et dans votre amour.

    Alors, il faut que je m’occupe decette Autre Vie divine dans la mienne,
    de cette Vie confiée à la mienne,
    de cette vie qui donne à mon existence sa véritable dimension,
    comme le suggère ce mot admirable lu sur une tombe :

    « L’Homme, l’homme est l’espoir de Dieu ! »                                                                    

     Extrait d’un sermon de 1955 à Lausanne.

     

    Bonne et sainte année à tous !

    Père jacques Bombardier

  • L’arbre de Noël ?

    sapin.JPG    Cet arbre - ce sapin de Noël – que nous confectionnons  dans nos maisons provient du Moyen Age et des Mystères joués sur les parvis des églises, en particulier dans la région du Rhin et en Alsace. A côté des scènes qui montraient la crèche et les bergers, il y avait des scènes qui évoquaient le Paradis : Adam et Eve, le diable et l’ange au glaive qui fermait l’accès au Paradis !

         L’arbre du Paradis devint le sapin – il était difficile de trouver un pommier au mois de décembre ! - auquel on accrocha plusieurs pommes et des représentations d’Adam et Eve en pain d’épices. La fête de Noël ouvre aux hommes à nouveau le Paradis ! Comme le chante le vieux cantique de Noël :

    « Aujourd’hui Dieu rouvre l’huis
    Qui mène au beau Paradis.
    Le chérubin n’en défend plus l’accès
    A Dieu louange, honneur et majesté. » 

        Progressivement le sapin de Noël passa de l’extérieur des églises à l’intérieur des maisons. En plus des pommes, on suspendit alors à l’arbre des hosties non consacrées : l’eucharistie donne la vie éternelle que l’arbre de vie devait donner !Face à la « pomme » qui a conduit l’homme à la mort, l’hostie le conduit à la Vie.

          Bientôt, par respect, on remplaça les hosties par des gâteaux en forme d’hosties qu’on accrocha dans l’arbre… et les pommes par des boules… la légende explique qu’une année du XVIIIè siècle, il n’y eut plus de pommes à Noël tant la saison avait été mauvaise. Alors les verriers de Meisenthal  eurent l’idée de souffler des boules de verre coloré pour les remplacer !

          Et c’est au XVIIIème siècle qu’on fixa des bougies aux branches pour faire de cet arbre, un arbre de Lumière.

         Tel est le sens profondément religieux du sapin de Noël.

  • Août 1914 à Bonsecours

    conférence donnée à Bonsecours le 22 mai 2014 par le Père Jacques Bombardier recteur.

                Les événements que je vais rapporter se trouvent racontés dans la Semaine religieuse du diocèse de Nancy et dans le bulletin paroissial de la paroisse de Bonsecours. Aucune trace dans les journaux civils : cela nous rappelle le contexte très tendu dans les rapports entre l’Eglise catholique en France et le gouvernement de gauche ainsi qu’avec les journaux qui lui sont proches. 

                L’ennemi est aux portes de Nancy. On vient de nous en parler longuement.[1] Et la ville peut être envahie. Les souvenirs de l’occupation de 1870 sont dans toutes les têtes.

    Spontanément, les nancéens se tournent vers le sanctuaire de Notre Dame de Bonsecours, le seul sanctuaire marial de Nancy à l’époque et leur désir assez nettement exprimé est qu’un vœu soit fait à Marie pour protéger Nancy. C’est une coutume chrétienne, déjà biblique même et notre sanctuaire garde, inscrit dans la pierre, le vœu de Nancy au XVIIè siècle lors de la peste.

                Mgr Turinaz, le 15 août, répondant au désir de la population, promet à la Vierge « d’hâter les travaux de l’église ND de Lourdes si Dieu accorde le triomphe à nos armes et préserve la cité de l’invasion allemande et de faire de cette nouvelle église, l’ex-voto de la reconnaissance de Nancy et de la Lorraine. »

                La construction de la basilique, en effet, avait été décidée le 30 juillet 1908 par Mgr Turinaz, évêque de Nancy, pour être le siège de la quatorzième paroisse nancéienne, selon les plans de l'architecte Jules Criqui et sous la conduite de l'abbé Léon Loevenbruck. Une lettre de Pie X, en date du 25 août 1908 félicite l'évêque pour cette décision.

    La première pierre fut posée le 25 octobre 1908 et fut bénie par l'évêque Turinaz, qui a également béni les trois premières cloches de cette église le dimanche 13 décembre 1908. Les fondations furent terminées à la fin de l'hiver 1909. Le 2 juillet 1912, en la Fête de la Visitation, eut lieu l'inauguration solennelle de cette première partie de l'église, présidée par l'évêque Turinaz. Et on en était là à la déclaration de la guerre. Malgré le désir de l’évêque, les travaux furent grandement ralentis entre 1914 et 1918 du fait de la Première Guerre mondiale.

    Le 16 mars 1924, la nef fut seulement terminée. L'église fut consacrée solennellement le 2 juillet 1924 par Mg de La Celle, évêque de Nancy. Le portail fut terminé le 1er octobre 1925. La flèche fut inaugurée le 22 septembre 1929 et l'achèvement de l'édifice fut salué par un Te Deum. L'église avait été élevée au rang de basilique mineure le 26 juin 1925 par le pape Pie XI.

                Les prières à Bonsecours pour la protection de Nancy avaient commencé le 10 août : ce jour-là débuta une neuvaine de prière qui se conclut le 18 août, alors fête de Notre Dame de Bonsecours, aujourd’hui fixée au 22 mai. Une foule considérable avait suivi les exercices spirituels de la neuvaine. Le sanctuaire ne désemplit plus dans les semaines qui suivirent.

                Des célébrations solennelles ou des supplications fortes ponctuent les années de la Guerre dans ce sanctuaire qui vit au rythme des batailles :

                * Ce fut l’action de grâce pour la bataille du Grand Couronné dont je vais reparler.

             * A la veille de l’attaque de Verdun, 30 janvier au 2 février 1916 se déroule dans notre église un Triduum solennel de prière. Il y a tant de monde qu’une grande partie des fidèles assiste aux offices sur la place, toutes portes ouvertes.

            * A nouveau du 1er au 4 février 1917, puis au commencement de 1918 : nouvelles prières de supplication ! Toutes les ½ heures, les 14 paroisses de Nancy sous la conduite de leurs curés se relaient pour la prière continuelle à Bonsecours. C’est au cours de ces après-midi qu’on dénombra jusqu’à 8000 pèlerins

                * Enfin, le 17  novembre, Mgr Ruch successeur de Turinaz convoque les 14 paroisses à Bonsecours pour l’action de grâces ! A nouveau, toutes les paroisses de Nancy se relayèrent pour une action de grâce continuelle comme l’avait été la supplication quelques mois plus tôt. Un peu plus tard, le curé de Bonsecours l’abbé Leclère fit apposer au-dessus de la crédence, côté tombeau de la reine Catherine, une plaque de marbre sur laquelle se trouve gravée cette inscription :

    nancy,bonsecours,grand couronné,castelnau

     

                Revenons, voulez-vous, à la bataille du Grand Couronné, bataille décisive du début de la grande Guerre : décisive pour préserver Nancy de l’invasion et décisive pour le déroulement de la guerre : en retardant l’ennemi sur le front, les soldats ont permis la victoire sur la Marne.

                Dès le commencement des hostilités donc, nous l’avons vu,  un vœu est fait à Notre Dame de Bonsecours et des temps de supplications et de prières sont organisés avec un grand concours de peuple. 

                Dans le secret, le Général de Castelnau (1851-1944) vint lui aussi à Bonsecours le 12 septembre 1914, à la suite d’un vœu personnel qu’il avait fait.

                Sans vouloir retracer sa carrière, on peut noter que le catholicisme fervent du général, le fit surnommer « le Capucin Botté » ou encore par Clemenceau de « général de Jésuitière, indigne des responsabilités qu'il assumait », et qui lui disait « Après notre mort, mon Général, Dieu nous départagera ».

                Promu général de brigade le 25 mars1906, il commande la 24e brigade à Sedan, la 7e à Soissons, et devient général de division le 21 décembre1909 - il avait été exclu, à cause de son catholicisme, une première fois du tableau d'avancement par le général Sarrail, alors directeur de l'infanterie.

                De 1911 à 1914, sur demande express de Joffre, il fut son chef d’état major et aida à l’élaboration du Plan stratégique XVII destiné à reprendre l’Alsace-Lorraine dans l’idée d’envahir l'Allemagne. Au commencement des hostilités, Castelnau prit le commandement de la Seconde Armée, qui devait jouer un rôle central dans la mise en œuvre du Plan XVII. Bloqué dans sa progression contre les Allemands à Morhange, Il organisa avec succès la défense de Nancy. Il obtint une victoire défensive décisive dans la trouée de Charmes (24-26 août) qui prolongeait la victoire de la Marne vers l'Est, empêchant les armées françaises d'être tournées par la droite et rendant possible leur redressement. Il poussa cet avantage en remportant la bataille du Grand Couronné (31 août-11 septembre1914) qui lui valut le surnom de « Sauveur de Nancy ». Édouard de Castelnau fut promu, le 18 septembre, grand officier de la Légion d'honneur. Joffre le retire ensuite du front de Lorraine, et lui confie la mission de prolonger le flanc gauche des armées françaises au nord de l'Oise, en s’efforçant de déborder l'aile droite allemande. Ce sera le début de la Course à la mer, que Castelnau initiera et mènera jusqu'à Amiens, d'où il passera le flambeau au Général Foch.

                Il dirigea ensuite l'offensive de Champagne du 25 septembre1915 : en quelques jours il fit 25 000 prisonniers, prit 125 canons et contrôla une zone de territoire de plusieurs kilomètres de profondeur en territoire allemand. À la suite de cette victoire, il fut élevé à la dignité de Grand Croix de la légion d'honneur (8 octobre1915) et devint l'adjoint du généralissime Joffre. En février 1916, il servit de nouveau comme Chef d’État-major de Joffre. Il organisa la défense de Verdun avant le déclenchement de la bataille.

                Après la chute de Joffre et son remplacement par Nivelle en 1916, Castelnau fut mis en non-activité. Mais, après la disgrâce de Nivelle et son remplacement par Foch, on le rappela à la tête du Groupe d'armées de l’Est où il aurait commandé l’offensive en Lorraine en 1918 si l’Armistice ne l’avait arrêtée. Trois des fils de Castelnau, Gérald, Xavier (1893-1914) et Hugues, sont tués pendant la Grande Guerre.

                « Ses idées en matière politique et religieuse, dit pudiquement Wikipedia, lui valurent l'hostilité de nombreux hommes politiques, souvent francs-maçons, sous la IIIe République. De ce fait, il ne reçut jamais le bâton de maréchal. »

                Le 17 novembre 1918, au milieu de la foule qui priait à Bonsecours et des paroissiens des 14 paroisse qui se relayaient dans la prière, le général de Castelnau vint lui aussi, «  vers 2H de l’après-diner » avec l’ex-voto du vœu personnel à Bonsecours  fait lors de la bataille du Grand Couronné.

                Cet ex-voto de marbre est placé à l’entrée du chœur à droite, côté tombeau Stanislas et dont voici le texte

     

    nancy,bonsecours,grand couronné,castelnau

    Le général cite le Psaume 126 qui déclare : « Si le Seigneur ne garde la ville, en vain veille celui qui la garde ».

           Le 31 juillet 1919, le général de Castelnau revint à Bonsecours pour présenter à la Vierge l’épée d’honneur qui lui avait été remise par les nancéennes avec les fleurs qui l’accompagnaient.[2]

               Les pèlerinages personnels ou familiaux se poursuivirent longtemps après la guerre dans notre église. Les très nombreux ex votos déposés dans le couloir qui mène à la sacristie en sont la preuve matérielle.

             Chaque année, le deuxième dimanche du mois de septembre, fut célébrée une messe d’action de grâce pour la victoire du Grand Couronné.

              Le 19 juin 1933, au lendemain de l’inauguration du monument du Léomont, le colonel Pesme qui avait commandé le 69è d’infanterie – un des régiments de la Division de Fer si aimée des nancéens – vint remettre à Notre Dame en hommage de gratitude, une petite oriflamme tricolore avec l’emblème du Sacré Cœur qui avait été donné au régiment par les Dames de la Visitation dans les premiers jours de la Guerre et qui l’avait accompagné depuis les combats de Morhange jusqu’au Léomont jusqu’en novembre 1918. C’est l’ancien aumônier le Père Taillez qui célébra la messe au milieu des officiers et de leurs parents.

                Beaucoup moins connue est la visite des polonais, le 6 octobre 1918 à Notre Dame de Bonsecours. Le Général Haller qui avait reçu du gouvernement français et des alliés le commandement en chef de la Légion polonaise – pour, selon leur désir, « mener le décisif combat pour le droit et la liberté des peuples » - vint en prendre possession, prêter serment devant ses troupes, représentée par la première division alors dans les environs de Nancy. Le Général Archinard, le préfet, le maire de Nancy, l’académie Stanislas qui adressa un discours aux troupes.[3]

                Ce fut la dernière manifestation solennelle et officielle pour la bataille du Grand Couronné. Chaque année, le deuxième dimanche de septembre , on célébrait la messe pour les victimes de la bataille et en action de grâce pour la victoire.



    [1] Conférence de Mr Dominique Perrin. Prochainement sur ce blog
    [2]Bulletin paroissial de BS septembre 1918
    [3] voir Journal de la Meurthe et des Vosges 13octobre 1918.

  • Concert d'entrée en Avent

    Eglise de Bonsecours

    Dimanche 30 Novembre 2014 à 16H

    Avec le groupe « la Chapelle de Bonsecours »

    Benoît Porcherot et Jean Sébastien Nicolas

    Quatuor vocal et continuo

    Pièces du temps de l’Avent et de Noël

    Heinrich SCHÜTZ

    Cantate « Nun komm des Heiden Heiland » BWV 61

    « Viens maintenant  Sauveur des païens » 

    Jean Sébastien BACH

     

    Quête

  • Sauver la création. Ecologie enjeu spirituel

     

    L’Observatoire Foi et Culture de la Conférence des évêques de France propose son 5ème colloque :

    Sauver la création. Ecologie enjeu spirituel

    à Paris, à la Maison des évêques de France, 58 avenue de Breteuil, 7ème arrondissement, le samedi 29 novembre 2014, de 10h à 17h.

    Les chrétiens face à l'enjeu de l'écologie
    L'écologie, urgence mondiale
    Modèle économique, transition énergétique...
    La technoscience et
    ''l'idole Argent''
    Théologie de la Création et théologie du Salut
    Capacités de l'homme : que peut-on faire, que doit-on faire ?

    Plus de renseignements en ligne ici
    S'inscrire en ligne là 

  • Marie Heurtin

    Marie Heurtin.jpg

    Le film “Marie Heurtin” de Jean-Pierre Améris est inspiré d’une histoire vraie qui a fait grand bruit en son temps. La jeune Marie Heurtin, âgée de 14 ans dans le film, 10 ans dans la réalité, naît en 1885 sourde et aveugle dans un village de Loire-Atlantique. Son père, modeste artisan, ne peut se résoudre à faire interner sa fille, révoltée et inculte, dans un asile d’aliénés. Il parcourt 170 kilomètres en carriole pour l’amener à l’institut de Larnay, près de Poitiers, où des religieuses, les Filles de la Sagesse, éduquent des jeunes filles sourdes - mais non aveugles! Soeur Marguerite va prendre en charge la jeune débile, en dépit du scepticisme de la Mère Supérieure. Au terme d’une bagarre prolongée et furieuse entre “le petit animal sauvage” qu’est Marie et son éducatrice et mère de substitution, la communication, et bientôt la communion finissent par s’établir. En 10 ans Marguerite réussira à inculquer à Marie les différentes techniques de la langue des signes tactile, et Marie deviendra une fervente lectrice.

    Le film est poignant: soeur Marguerite, incarnée par Isabelle Carré, sait qu’elle ne vivra pas vieille en raison d’une tuberculose avancée. Elle veut de toutes ses forces accomplir sa tâche terrestre: délivrer Marie de sa prison. Marie est jouée par une toute jeune fille sourde, Ariana Rivoire, dont c’est le premier film. Adepte virtuose de la langue des signes, elle a su se plier aux injonctions du réalisateur pour être successivement une enfant sauvage, une brise-tout insupportable, puis une âme qui s’ouvre, enfin un être épanoui et aimant. “Marie Heurtin“, un film militant et sous-titré à voir absolument!