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La Lorraine Religieuse

  • Concert lecture du 14 janvier 2018.

    Le maître livre de la spiritualité des Sœurs de la Doctrine Chrétienne : les Petites Méditations 1739.

    Une cinquantaine de personnes étaient rassemblées hier dans la salle Magdala de la paroisse st Pierre pour ce concert lecture, don tune délégation des Sœurs de la Doctrine venues en voisines de la Maison St Joseph principalement ou de la Maison Mère.

     

    La présentation a commencé par l’audition d’un vieux noël lorrain, tiré de la Bible des Noëls chantée dans le région durant tout l’Avent pour se préparer à la fête.

     

    Brève biographie du « fondateur »

    La première école fut fondée à Lucey en 1683 par le curé Claude Varnerot et sa nièce.

    Elle fut suivie de nombreuses fondations dans les villages environnants

    1688 : naissance à Bruley de Jean Baptiste Vatelot, milieu des vignerons

    formé au séminaire janséniste de Toul

    1716 : entrée au chapitre comme « vicaire sacristain » après son ordination par Mgr Boulet de Camilly évêque de Toul

    1717 nommé par le chapitre « administrateur des écoles du diocèse de Toul au temporel et au spirituel ». Il le sera jusqu’à sa mort.

     

                     Sa marque sur la fondation est très forte par plusieurs actes très importants :

    1719 : grâce à l’héritage du chanoine Philippe le Vacher, Vatelot fonde à Toul, dans la paroisse St Jean du Cloître, une école normale de formation des sœurs d’école qu’il appelle la « Mère Ecole ». Les sœurs y acquièrent leur compétence pédagogique et spirituelle et y reviennent chaque année pour un temps de formation et de retraite.

    1739 : les sœurs reçoivent un livre sur la méthode d’enseignement et de conduite de la classe : « La méthode familière ».

    1739 : le livre de spiritualité de la sœur : Les Petites Méditations, recueil de 10 méditations mensuelles … augmentées de deux, dans l’imitation des précédentes, par l’évêque Drouas de Broussey en 1772.

    1733 : Vatelot avait été appelé au chapitre cathédrale par son ami Alexandre Martel dont c’était le tour de nomination. DE 1733 à 1748, date de la mort du chanoine, Vatelot va se consacrer à la vie de prière du chapitre (très importante et variée) et les très nombreuses fondations d’écoles nécessitant de nombreux déplacements dans els villages tant pour le fondations nouvelles que pour la visite des écoles déjà fondées.

    1748 : mort de Vatelot et inhumation dans la même tombe que celle de Claude de l’Aigle chanoine de Toul très grande personnalité spirituelle et administrative, l’ami intime de Vatelot.

                                                                                         

    Puis commença la lecture de textes tirés des Petites Méditations… entrecoupée d’ audition de morceaux de musique que Vatelot aurait pu entendre dans la cathédrale de Toul où la vie musicale religieuse était très vivante. Voici seulement quelques extraits de ce qui fut lu.

     

    Toute méditation commence par un appela l’adoration de Dieu. Et chaque méditation souligne un motif de cette adoration. En pleine époque janséniste, Vatelot propose à ses sœurs de contempler le Dieu qui veut sauver tous els hommes, qui veut les conduire au bonheur, un Jésus modèle du maître ardent et doux … C’est stupéfiant et magnifique très inspiré par St Paul aux Ephésiens. Voici la « collection sainte » des motifs d’adoration. Les titres - en vert - sont de nous. 

    Le plan du salut Adorez Jésus-Christ, qui veut que "tous les hommes soient sauvés". Adorez Dieu dans son amour incompréhensible pour les hommes ; et dans les moyens, dont il se sert, pour les faire arriver au bonheur éternel, qu'il leur a préparé dans le ciel ; et considérez la part qu'une Soeur d'Ecole peut avoir dans les vues miséricordieuses de la divine providence. Dans l’Eglise Adorez Jésus Christ. qui a établi différents ouvriers, pour travailler à l'édifice du corps de l'Eglise, dont il est lui-même la pierre angulaire Adorons en regardant le Maître agir Adorez Jésus Christ donnant les leçons du salut aux peuples, qui le suivaient en foule. Adorez Jésus-Christ, le modèle accompli de tous les maîtres Le Maître qui voit les cœurs Adorez Dieu, en qui nous avons la vie, le mouvement et l'être. Adorez Dieu, à qui nulle créature n'est cachée ; aux yeux de qui tout est à nu et à découvert. Adorez Dieu, qui est le principe et la fin de toutes choses Un maître dont le cœur est passionné et doux à la fois, l’Enfance spirituelle. Un maître qui appelle à la sainteté. Adorez Jésus Christ qui nous dit : Qu'il est venu apporter le feu sur la terre, et que sa volonté est, qu'il brûle et que nous soyons embrasés. Adorez Jésus Christ qui, pour vous faire estimer la vertu de douceur, vous la prêche par son exemple, et se propose lui-même à vous, comme le modèle que vous devez copier. Adorez Jésus-Christ, qui nous dit : Soyez parfaits, comme votre Père céleste est parfait. Adorez Jésus-Christ qui vous assure que celui-là sera le plus grand dans le royaume des cieux, qui se rendra petit comme un Enfant ; et que celui qui recevra en son nom un enfant, c'est Jésus Christ même qu'il recevra.

    Dans 6 méditations sur les 12, Vatelot explicite la mission de la Sœur d’Ecole pour en montrer la beauté, la profondeur de l’Apostolat et les exigences. Voici quelques extraits principaux de cette vocation… qui peut servir à la méditation de tout apôtre, même fidèle laïc ! Les titres en orange sont de nous.

     

    Cette vocation est ecclésiale au sens large : « Voilà ce que veut de vous l'Esprit Saint, qui vous a appelées.. ce que demande de vous l'Eglise, par la bouche de l'Evêque, qui en vous approuvant pour cette sainte fonction vous déclare de sa part, qu'elle attend ces fruits de votre vigilance et de votre charité; ce que les Pasteurs, dans les Paroisses desquels vous êtes envoyées, se promettent de votre zèle.. ce qu'ont droit d'exiger de vous les pères et les mères, qui dans l'impossibilité, où ils sont d'instruire eux-mêmes leurs enfants, croient avec raison pouvoir se reposer sur vous, du soin de leur éducation» (1/3) Cette vocation est « pastorale ». «Vos obligations sont grandes. J'oserais presque dire, que c'est une espèce d'Apostolat...» (11/2) « Ne peut-on pas dire qu'elles remplacent en quelque sorte les Diaconesses des premiers siècles de l'Eglise, dont l'emploi était d'instruire les néophytes de leur sexe, des devoirs de la Religion, et de les préparer au Baptême? » (2/1) Cette vocation s’insère…dans l’apostolat des apôtres : « Une Sœur d'Ecole, par son Etat, est associée en quelque sorte au ministère sacré des Apôtres, des Pasteurs et des Prédicateurs de l'Evangile… » (12/1) « Quelque rebut que vous ayez à essuyer dans les lieux, où vous serez envoyée, quelque mauvais traitement qu'on vous y fasse éprouver, dites avec l'Apôtre: Je puis tout en celui qui me fortifie. C'est pour son amour que je me suis dévouée toute entière à cet emploi. Je me trouverais n'avoir qu'un Enfant à instruire, que je me trouverais encore trop honorée d'être consacrée à son instruction. Mon Sauveur serait bien mort pour moi, quand il n'aurait eu que moi à racheter et à sauver.» (2/3) « Aussi font-ils ma joie: c'est ainsi que, comme membre de Jésus-Christ, je remplis ma mesure de ce qui me manque aux souffrances de ce divin chef. … pastorale comme les pasteurs de l'Eglise « Une Maîtresse d'Ecole fait en partie l'office des Pasteurs parce qu'elle dispense en leur nom et sous leur autorité, le pain de la parole de Dieu aux jeunes filles et qu'elle est substituée pour travailler sous eux au salut des âmes. Les Pasteurs doivent enseigner la doctrine Chrétienne: c'est ce que fait une Sœur d'Ecole, qui rassemble chez elle, comme dans une petite Eglise, les jeunes filles, pour les former à la Religion. Les Pasteurs doivent jeter dans l'âme des Enfants les premières semences de la crainte et de l'amour de Dieu: c'est ce que fait une Maîtresse, qui délie, pour ainsi dire, la langue bégayante de ses tendres élèves, pour consacrer les premiers sons qu'elles articulent, par la prononciation du Saint nom de Dieu et qui leur apprend les éléments de la Religion, dès qu'elles commencent à parler. Il est du devoir des Pasteurs de disposer à la réception des Sacrements, par les exercices d’une véritable et solide piété : n’est-ce aussi ce que font les Maîtresses toujours occupées à inspirer aux jeunes filles le goût de la vertu et disposer à la réception des Sacrements ? (2/1) « Elle participe au ministère sacré des Pasteurs chargés de veiller sur les âmes rachetées au prix du sang d'un Dieu. Elle fait d'une manière visible, à l'égard des âmes, ce que font les Anges d'une manière invisible. Elle marche sur les traces de Jésus-Christ même, qui n'a conversé parmi les hommes que pour les instruire, et les conduire à la félicité éternelle. » (11/2) Au sommet de cette « échelle apostolique », le Seigneur Jésus, dont la sœur poursuit l'œuvre. « Une Sœur d'Ecole fait l'office même de Jésus Christ et 'elle continue ce qu'il a commencé sur la terre. Qu'est-il venu y faire en effet? Enseigner les ignorants, publier les vérités de son Evangile, rappeler les hommes des voies de la perdition, leur montrer celle qui conduit à la vie éternelle. Dans le cours de ce ministère pénible, quelle affection, quelle bienveillance n'a-t-il pas montré pour les Enfants !…Voilà le modèle adorable d'une Maîtresse d'Ecole. Elle suit les traces de Jésus Christ. Elle continue ce qu'il a commencé: elle dit comme lui, laissez approcher de moi ces Enfants, je me consacre, je me dévoue à leur instruction, je veux leur enseigner la doctrine de la vérité, et leur montrer le chemin qui conduit à la vie, je ne serai point importunée de leur trop grand nombre,' je ne me rebuterai pas de leurs traits d'enfance, de leur naturel pesant ou trop vif, de leurs fautes et de leurs chutes continuelles. Le Seigneur les a chéris, il les a admis à son Ecole. Quoi de plus glorieux pour moi, que de continuer ce qu'il a commencé ! Je ne continue plus seulement le ministère de Jésus Christ. Il est lui-même l'objet du mien.. puisqu'il m'assure lui-même que ces Enfants sont d'autres lui-même; qu'il tient comme fait à lui-même, ce que je ferai pour leur service et pour leur bien ». (2/3) Cette vocation est à comprendre dans la grâce du baptême. « Les Sœurs d'école sont établies de Dieu et de l'Eglise, pour aider les jeunes filles à conserver la grâce et l'innocence qu'elles ont reçues sur les Fonts sacrés du baptême. Plus l'innocence des enfants est un trésor inestimable, plus vous devez être attentives et vigilantes sur le « dépôt »[1] qui vous est confié. On peut vous dire, comme Saint Paul l'écrivait à son disciple Timothée, Gardez le dépôt de qui vous a été mis en main. » C'est à vous de suppléer à leur incapacité, et de faire pour elles les actes qu'elles ne peuvent faire encore, de les aider avec douceur et patience, faire ceux que vous pouvez juger n'être pas au dessus de leur portée, de leur conseiller de se retirer tous les ans le jour de leur baptême aux pieds des Fonts baptismaux, pour y remercier Dieu de la grâce précieuse qu'elles y ont reçue et y faire les mêmes protestations que leurs Parrains et Marraines y ont faites pour elles, lorsqu'on les y apporta pour être lavées de la tache mortelle du péché. » (3/2)

    [1] L'auteur appuie son argumentation sur un texte de St Paul dans la 1ère épître à Timothée.

     

  • A la découverte de la spiritualité chrétienne en Lorraine...

  • histoire des chrétiens de Lorraine #11

    11     Ainsi arriva la réflexion chrétienne chez nous, déjà bien élaborée et pensée au sein de la culture antique qui était aussi celle de nos anciens gallo-romains ! « Ni éliminé ni poursuivi, le savoir grec se perpétua donc tout en étant transformé. A ce jeu, Platon l’emporta sur Aristote, Homère et les orateurs furent sauvés, ainsi que les savoirs mathématiques et médicaux conservés, tandis que les Tragiques sombraient dans l’oubli – le théâtre disparaît complètement à l’époque patristique – et que els historiens n’étaient plus connus que par bribes. Le christianisme connut en outre un processus d’aspiration à la rationalité pour défendre, analyser et expliquer le dogme... Cette continuité réelle ne s’effectua pas sans rupture ou inflexions notables. Une approche prudente est de mise. »44

      Nous allons retrouver les fruits de ce travail magnifique de confrontation entre la foi et la culture antique dans ce subtil résultat, dans la personnalité des évêques de Toul du temps.

       Les   évêques   

     L’évêque AUSPICE (460-470) était ami de St Sidoine Apollinaire (430-489): cet homme politique, évêque et écrivain gallo-romain, était né à Lyon en 430 et mourut à Clermont en 486. Préfet de Rome en 468, évêque d'Auvergne en 471, il est également connu pour son œuvre littéraire (Lettres et Poèmes). Nourri de la culture antique – sans doute lacunaire - notamment par les vers d’Ovide et de Virgile, il devient l’un des poètes et des écrivains les plus fameux du siècle. On recherche son contact ou sa collaboration, particulièrement les personnalités officielles, même les plus illustres.

      Sidoine parle de l’évêque Auspice de Toul avec beaucoup d’éloge et d’honneur :

    « Fut Auspice évêque de l’Eglise de Toul en Gaule, homme particulièrement docte et pieux, comme il apparaît dans la lettre en prose rythmée qu’il écrivit à Arbogaste comte de Trêves, qui l’exhortait à rompre avec l’avarice et la cupidité. » Arbogaste avait demandé à Sidoine une règle de conduite ; Sidoine s’excusa et envoya le jeune homme à Auspice et à Loup de Troyes.

       En 470 et jusqu’en 496, l’évêque URSUS (= ours) assure le gouvernement de l’Eglise de Toul. Sous son épiscopat, se déroula un événement qui devait marquer pour longtemps l’histoire de l’Evangile !       

      Les Alamans ayant franchi le Rhin une nouvelle fois, menaçaient la Basse Moselle. Sigebert roi des Ripuaires les arrêta d’abord à Tolbiac, aujourd’hui Zülpich, en Rhénanie du Nord-Westphalie, mais craignant d’être débordé, il fit alliance avec Clovis chef des Francs Saliens ; Clovis accourut du bassin de l’Escaut et défit les Alamans en Alsace en 496, bien que l’issue du combat parut très incertaine et que Clovis ait dû invoquer « le Dieu de Clotilde » pour l’aider à la victoire.

    waast.jpg   Passant par Toul, à son retour, il demanda un catéchiste à Ursus qui confia Clovis au prêtre Waast pour répondre à ses questions et l’instruire. Franc comme Clovis, Waast devait pour voir parler librement avec le roi. Cet événement est capital religieusement parlant.

        En effet, l’hérésie arienne qui niait la divinité du Christ était très répandue en Orient et en Occident avec, plus ou moins, la complicité des autorités publiques. Les Conciles de Nicée en 325, Constantinople en 381 – d’où est issu le symbole que nous récitons à la messe – et le concile de Chalcédoine en 451 avaient explicité la foi de manière nette et claire. Mais la résistance arienne restait forte. Il est plus facile pour la raison de croire en un Dieu unique et un grand prophète plus qu’en en un homme Fils de Dieu. Notre région et celle de Reims étaient fidèles à la foi de l’Eglise. St Clotilde bien que Burgonde – les Burgondes étaient ariens – était catholique. Clovis en devenant catholique et non arien fit basculer une grande partie population dans la foi catholique et ainsi favorisa la disparition de l’arianisme.       

       « Les conditions d’évangélisation auprès des barbares, écrit le Père Cantalamessa, se présentaient sous une tout autre forme, différente de celles que l’on connaissait avec le monde grec et romain, où le christianisme avait devant lui un monde cultivé, organisé, avec des règles, des lois, des langages communs. Il avait, pour ainsi dire, une culture avec laquelle dialoguer, se confronter. Maintenant il allait devoir faire face à deux tâches en même temps : civiliser et évangéliser. Enseigner la lecture et l’écriture, tout en formant à la doctrine chrétienne. L’inculturation se présentait sous une forme totalement inédite. »

       A Toul, ALBAUD successeur de EVRE fondera une école épiscopale qu’il confiera à Antimond qui lui succèdera comme évêque. Cette Ecole cathédrale sera d’une très grande qualité pendant de longs siècles. Cette tâche de civilisation est donc commencée au début du 6ème siècle.

                

  • histoire des chrétiens de Lorraine #10

    10  Christianisme et culture antique.

    Comment s’est passée la rencontre entre le christianisme naissant et la culture gréco-romaine antique ? Quand la foi chrétienne arriva dans nos régions du Nord de l’Europe, la rencontre avait déjà eut lieu, principalement en Orient, et les relations étaient déjà posées dans ses grandes options.

    Evoquons rapidement cette « rencontre » et explicitons le résultat qui arrive chez nous ! Nous avons vu comment très vite la culture antique et la foi se sont rencontrées chez nous cher St Vincent de Lérins ou St Loup.

       « Le christianisme est une religion et son objectif initial n’est pas de promouvoir les sciences et les arts. » La foi chrétienne commença par être très résolument hostile à la culture antique parce qu’elle était païenne !... même si les premiers chrétiens étaient imprégnés de cette culture qui étaient la leur quand ils vinrent à la foi ! (C’est vrai pour St Justin, Tatien, st Clément d’Alexandrie...) Les 1er siècles en fait aboutirent à « une christianisation des savoirs antiques ». Il se fit un grand tri dans le savoir antique, tri entre ce qui n’était pas compatible avec le foi et ce qui l’était ! Et « à la fin de l’Empire romain d’Occident, la culture antique était passée du statut « d’héritage discuté » à celui de « patrimoine accepté » et le monde lettré, selon les termes de P Athanassiadi, « d’une culture anthropocentrique à une culture théocentrique ». Le changement était d’importance. »

       La grande question était d’établir si on avait le droit de recourir aux connaissances antiques ou s’il fallait s’en tenir uniquement à l’enseignement biblique. La réponse prit un peu de temps et de débats mais on aboutit à ceci :

     - « l’élément déterminant fut ici que les chrétiens n’avaient pas mis en place une école confessionnelle centrée sur les Ecritures ; il n’y avait pas d’école évangélique. »

      - « Tout le monde continuait de passer par le modèle scolaire antique, la païdeia, grec à l’origine puis adopté par les romains. » Tout le monde apprenait à lire dans la littérature païenne, dans le théâtre, les livres d’histoire et de philosophie. Ce modèle des 7 disciplines fondamentales qui courut durant tout le Moyen Age jusqu’à la Renaissance en Europe, appelés à devenir « les Arts libéraux » des facultés jésuites fut mis en place sans doute au 3ème siècle.

      Le premier contact fut un choc frontal, culture grecque, foi chrétienne. Tertullien déclara : « Qu’y - a-t-il de commun entre Athènes et Jérusalem ? Entre l’Académie et l’Eglise ? » Mais très tôt d’autres auteurs furent plus nuancés et plus positifs tout en restant vigilants: St Justin philosophe devenu chrétien et martyr, St Clément d’Alexandrie.. Un peu plus tard, St Basile de Césarée « affirma l’utilité de lire les auteurs profanes. » St Grégoire de Naziance parle du tri à faire et il ajoute, positif, « Il n’est pourtant pas jusqu’à ces erreurs mêmes qui ne puissent nous servir à la piété, en nous faisant comprendre le bien par le contraste du mal, en prêtant leur faiblesse à la force de notre doctrine. »39

       Mais le grand artisan de l’acceptation positive et transformante pour la culture antique par la recherche religieuse chrétienne est Origène dans son école de Césarée de Palestine. «Le remerciement de Grégoire à Origène (vers 233-238) témoigne de l’ouverture de son enseignement à la majorité des écoles philosophiques. » On mit la philosophie au service du dogme chrétien... ce qui lui fit un peu violence mais permit aussi la survie de la philosophie antique ! Et le Concile de Nicée en 325, devant

    l’obligation expliquer et d’expliciter le langage biblique eut recours au vocabulaire grec et à des termes grecs précis pour définir les relations du Père et du Fils au sein de la Ste Trinité. « C’est ainsi que les chrétiens ont procédé à une relecture de la philosophie païenne, en l’interprétant et en l’évaluant à la lueur de la Révélation. »

       Les chrétiens ne créèrent pas une culture complètement nouvelle en faisant table rase du passé grec. Ils firent avec le matériau dont ils disposaient quitte à inverser le sens de la recherche culturelle : de l’anthropocentrisme au théocentrisme. « Le christianisme se développa au sein de la culture antique, en partie en opposition contre elle mais aussi en subissant son influence et en l’infléchissant en retour. »

      Cela se constate particulièrement dans la façon d’écrire l’histoire que la foi chrétienne changea complètement. Les chrétiens héritaient à la fois de la façon de faire juive et de celle de faire grecque ! Au début, avec Eusèbe de Césarée, on sent encore les modèles anciens. Mais à partir du 5ème siècle, la façon de faire chrétienne émerge et se confirme : on insiste sur la succession des empires et sur la chronologie en remontant à l’origine du monde ; on introduit des considérations géographiques et ethnographiques. «Alors que les auteurs païens voyaient dans l’Histoire ou bien un moyen de se remémorer les hauts faits ou bien la révélation de l’essence humaine,...alors que les juifs se cantonnaient principalement à une Histoire sainte, les chrétiens y virent l’élucidation du devenir universel de l’Humanité, lié à la mission de l’Eglise. » L’histoire a un sens, on va vers la venue Royaume de Dieu.

  • Histoire des chrétiens de Lorraine #9

    La vie chrétienne dans notre région du 5ème au 6ème siècle.     

    9

    La foi chrétienne s’implante progressivement... et lentement dans notre région... dans les villes ou petites cités, dans les domaines ruraux assez vastes, dans les familles patriciennes comme dans le peuple. L’origine sociale de nos deux martyrs – fils de patricien et bergère – le montre.

             5ème siècle

    L’élite de cette période à laquelle appartiennent les évêques et bien des clercs est particulièrement cultivée et savante. Ils ont assimilé et développé le meilleur de la culture gréco-romaine dans un pays qui a accepté facilement la romanisation. Deux célébrités nées à Toul marquent le siècle : Loup futur moine de Lérins et évêque de Troyes et Vincent moine de Lérins et théologien.

    Statue_de_saint_Loup.jpeg         Loup naquit à Toul vers 395. Il épousa Piménolia, la sœur de St Hilaire d’Arles. Après 7 ans de mariage, les deux époux, d’un commun accord, se retirèrent du monde : Loup à Lérins, sous la direction de St Honorat. Au bout d’un an, Loup vend à Mâcon les propriétés qu’il y possède et donne l’argent aux pauvres. Nous sommes en 425. Passant à Troyes, il y est élu évêque. En 429, il accompagne St Germain d’Auxerre dans sa mission en Bretagne pour arrêter la propagande pélagienne. En 451, alors que les Huns sont à Troyes, il rencontre Attila et le convainc de ne pas ravager la ville. Il meurt à Troyes en 479.

             La vie de St Loup est très intéressante : elle nous montre comment ont évolué dans leur foi certains couples de patriciens : chrétiens peut-être déjà un peu tièdes, lettrés, parfois hommes politiques, mariés, avec de grandes possessions ; puis à un moment, naît le désir de vivre l’Evangile au pied de la lettre : vente des biens, séparation du couple et épiscopat ou vie monastique pour l’homme. Nous pouvons rapprocher de cette vie de St Loup, celle de St Hilaire de Poitiers (315-367), St Paulin de Nole (353-431) ... St Sidoine Apollinaire (430- 489)... Ecoutons Benoît XVI évoquer cet itinéraire de Paulin qui vaut sans doute pour St Loup : « La conversion de Paulin impressionna ses contemporains. Son maître Ausone, un poète païen, se sentit "trahi", et lui adressa des paroles amères, lui reprochant d'une part le "mépris", jugé insensé, des biens matériels et, de l'autre, l'abandon de la vocation de lettré. Paulin répliqua que son don aux pauvres ne signifiait pas le mépris des choses terrestres, mais plutôt leur valorisation pour l'objectif plus élevé de la charité. Quant aux engagements littéraires, ce dont Paulin avait pris congé n'était pas le talent poétique, qu'il aurait continué à cultiver, mais les thèmes poétiques inspirés de la mythologie et des idéaux païens. Une nouvelle esthétique gouvernait désormais sa sensibilité: il s'agissait de la beauté du Dieu incarné, crucifié et ressuscité, dont il se faisait maintenant le chantre. En réalité, il n'avait pas abandonné la poésie, mais il puisait désormais son inspiration dans l'Evangile, comme il le dit dans ce vers: "Pour moi l'unique art est la foi, et le Christ est ma poésie" ("At nobis ars una fides, et musica Christus": Chant XX, 32).29              

            Vincent, lui aussi, est né à Toul, d’une famille illustre des Gaules, dans les mêmes années que Loup. Il est peut-être même le frère de Loup. Il commence sa carrière par le métier des armes puis se retire à Lérins sous la conduite d’Honorat et devient prêtre. C’est un très bon connaisseur de la Bible et de la tradition théologique. Il tient que l’Ecriture ne peut être lue sans la Tradition. Il meurt en 448 ou 450 après avoir écrit une belle œuvre théologique et s’être fortement opposé à St Augustin sur le péché originel et surtout sur la prédestination. Il est surtout connu pour son Commonitorium (écrit en 434) et sa théologie du développement des dogmes et de la doctrine. (texte du Commonitorium sur le site patristique.org ICI )

  • L'histoire des Chrétiens de Lorraine (#5 à #8) ... sur RCF

    Retrouvez les propos de ces quatre articles de l'histoire des Chrétiens de Lorraine, par le Père Bombardier, dans l'émission mensuelle de RCF :

  • Histoire des chrétiens de Lorraine #8

    8

        Les premiers saints, martyrs sous Julien l’Apostat (330-363). Les martyrs de notre région ont reçu la couronne des témoins jusqu’au sang sous la persécution de Julien l’Apostat de 361 à 363.

       L’Empereur en effet, souhaite un retour à la philosophie antique et au paganisme : il persécute donc les juifs et les chrétiens. Cette date tardive des martyrs est une confirmation de plus de la petitesse et de la discrétion de la communauté chrétienne du pays des Leuques. Dix ans plus tard, les chrétiens seront plus hardis pour détruire, par exemple, le temple de Deneuvre. (375)        

    Approchons de plus près ces belles figures de témoins du Christ, jusqu’au bout, au mépris de la mort.                             

     

    Ste Libaire_3.JPG  Sainte Libaire une bergère.

    Elle naquit et mourut à Grand, à l‘ombre du Temple d’Apollon dont nous avons parlé. Sa vie nous est connue par une Passion écrite au 11ème siècle. Bergère, chrétienne de la première génération, elle fut arrêtée pour ce motif et fut sommée d’adorer les divinités officielles. Son refus entraîna son exécution, « sur la voie romaine, en direction de Soulosse, à la deuxième  borne milliaire ». Les fidèles ramenèrent son corps dans la ville, aux portes, là où s’élève aujourd’hui la chapelle qui lui est dédiée. Un cimetière – qui existe toujours - commença à se former autour de sa tombe.


    Statue de Sainte Libaire au musée de la terre à Rambervillers1 (1).png

    La chapelle Ste Libaire à Grand

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    Vie de Sainte Libaire en bande dessinée ICI

     

    elophe.pngSt Elophe.

    C’est le premier martyr lorrain et l’un des plus anciens personnages religieux connus de notre histoire. Comment le connaissons-nous ?  Par une Passion contenue dans un manuscrit de Cologne, rédigé peu après 1036, et conservé à la bibliothèque Royale de Bruxelles. D’autres manuscrits se trouvent dans les bibliothèques de Glogaw  en Silésie, de Ratisbonne, Trêves…

    Saint Elophe : statue du XII dans l'église Groß St Martin de Cologne

     

     

    Nous sommes donc toujours sous Julien l’Apostat. Selon le récit de sa Passion, Elophe appartenait à une famille patricienne de Grand et aurait plusieurs frères et sœurs : Euchaire, Menne, Libaire (la martyre ?), Suzanne, Ode et Gontrude.  C’était un chrétien zélé et intrépide qui n’hésitait pas à proclamer sa foi à Grand et à Soulosse (Solimariaca), petite ville construite en dessous d’un oppidum gaulois situé sur le haut de la colline et signalé dans les anciennes cartes que sont l’Itinéraire d’Antonin et la Table de Peutinger. C’était un relais romain situé auprès du pont qui enjambait le Vair.

    Le zèle d’Elophe le conduit même à détruire des idoles païennes. Arrêté par les autorités romaines locales, il est jeté en prison, jugé et condamné à la décapitation, signe de sa condition sociale élevée. L’exécution a lieu au bord du Vair, à Soulosse aujourd’hui. La légende raconte qu’aussitôt après son exécution, il prend sa tête dans ses mains et remonte la colline voisine avec un arrêt dans la montée au bord d’un rocher qu’on voit encore, avant de mourir, en haut de la colline, là où se trouvent aujourd’hui l’église et son tombeau. Un pèlerinage se crée aussitôt, ininterrompu jusqu’à nos jours, et de nombreux miracles. Telle est rapidement résumé le texte de cette Passion lue aux fidèles à Cologne chaque année au 16 octobre. 

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    Le tombeau de St Elophe dans le chœur de l’église. Ce tombeau est une dalle sur sept petits piliers auxquels s’adossent des figurines  humaines : la famille de St Elophe ? Mais il y a aussi Véronique et son linge ? St Elophe, en gisant, est représenté en diacre…puisqu’il prêchait ! Son visage est particulièrement paisible.

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    Le portement de tête : ce fait est raconté pour la vie d’une soixantaine d’autres martyrs. On les appelle les saints céphalophores. Le plus célèbre est St Denis de Paris. Ce détail a une portée mystique : St Jean Chrysostome dit à propos de deux martyrs décapités d’Antioche : « De même que les soldats montrant les blessures qu’ils ont reçues en combattant, s’adressent au Roi avec confiance, ainsi les martyrs portant dans les mains leur tête coupée, obtiennent du Roi des Cieux tout ce qu’ils veulent. » La théologie est devenue légende avec une vision mystique : le martyre a unifié sa personne dans la grâce et le signe est que sa tête (l’intelligence et la compréhension rationnelle) est dans son cœur (siège de l’affection, des émotions mais aussi, surtout selon la bible, centre de la personne, là où Dieu habite en l’homme.)

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                L’archéologie complète nos sources écrites : le catalogue des fouilles faites à Soulosse présente une centaine de très beaux objets découverts en 1694, 1818, 1948 et 1967. Parmi ces objets, deux, du 4ème siècle, nous intéressent plus particulièrement dans notre histoire : une inscription lapidaire déposée au musée d’Epinal, en mémoire de deux femmes qui étaient devenues chrétiennes ; une coupe de bronze sur laquelle est gravée le poisson. En effet, en grec, le mot poisson s’écrit « ichtus » et chaque lettre parle du christ dans une belle profession de foi !

    I          Iesus
    Ch       Christ
    T         de Dieu (theos en grec)
    U         le fils (uios en grec)
    S          Sauveur. 

     

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    Deux exemplaires provenant des catacombes St Callixte à Rome 

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    De plus, autour du tombeau du saint dans l’église, on a trouvé des tombeaux mérovingiens, datant du 6ème siècle, de notables qui se sont fait enterrés là volontairement. La dévotion au saint date donc d’une époque proche de son martyre.[1]

    On peut suivre à pied le chemin du martyre : La chapelle Ste Epéotte : lieu de la décapitation, dans un méandre du Vair. Elle date du 16ème siècle. Elle fut tenue longtemps par un ermite. La fontaine, à mi-côte, source coulant d’un versant calcaire bien connue dans nos régions. La reculée : une petite grotte dans un rocher, lieu de  repos du martyr ;  la chaire de St Elophe dans le cimetière : elle proviendrait d’un édifice gallo-romain des alentours car la pierre n’est pas celle du pays ou peut-être même de l’amphithéâtre de Grand, comme les sièges curules réservés aux notables. Enfin, l’église et le tombeau : du 11ème siècle et du 13ème, terminée au 16ème siècle.

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    Chapelle Sainte « Epeotte » (= la petite épée) au bord du Vair où fut décapité St Elophe.

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    Depuis la chapelle Ste Epéotte : l’église sur l’oppidum où est enterré St Elophe

    Visite de la chapelle Ste Epéotte ICI 

    [1] St Gérard en 965 vint vénérer les reliques, en fit trois parts, une pour le lieu, une pour la cathédrale de Toul et une pour Cologne (Grand St Martin puis aujourd’hui la cathédrale) qu’il se chargea lui-même de porter dans sa vile natale. On possède même le parchemin du Xème siècle relatant l’acte de St Gérard !

  • Histoire des chrétiens de Lorraine #7

    Miracle de Saint Mansuy par Jacques Callot

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                St Mansuy – le premier évêque de Toul – construisit un Oratoire pour la communauté et sa propre résidence. Il l’édifia aux portes de la Cité, hors les murs, ce qui semble indiquer que la communauté chrétienne devait être modeste et discrète. Quelques dizaines familles sans doute.

                Cet oratoire, Mansuy le dédia à St Pierre. Ce lien à St Pierre est très symbolique et intéressant : cela ne veut pas dire, comme on l’a enseigné longtemps, que l’apôtre Pierre avait envoyé Mansuy à Toul ! Cela montre simplement l’attachement, dès le commencement de son existence, au siège de Pierre par lequel Toul est rattachée à la mission apostolique. Mansuy a peut-être été envoyé par le « Pierre du 4ème siècle » comme on disait à l’époque des conciles :

    Plusieurs papes sont concernés puisque Mansuy aurait commencé son ministère en 338 : St Sylvestre Pape de 314 à 335, St Marc de Janvier à Octobre 336 ou St Jules 1er du 6 février 337 au 12 avril 352.

         Mansuy exercera son ministère de 338 à 375. Le miracle le plus célèbre du saint fondateur – comme symbolique de toute son œuvre - est la résurrection du fils du gouverneur de la ville qui s’était noyé dans les marais qui entouraient la Moselle, au-delà des remparts.     

         Durant son épiscopat, Mansuy dut affronter la persécution contre les chrétiens. L’arrivée de la foi dans noter région n’avait pas provoqué de remous graves et des persécutions… le christianisme s’est comme infiltré doucement chez nous. Mais la région va connaître la persécution de Julien l’Apostat empereur de 361 à 363. Nous en reparlerons la prochaine fois.

          La première Vie de St Mansuy fut écrite seulement au 10ème siècle, par le moine Adson, abbé de Montier en Der, sous forme liturgique.

     

                St Mansuy, selon la tradition, eut pour successeur St AMON, ermite au « val de St Amon » entre Favières et Gémonville. Il y vivait avec quelques disciples. Devenu évêque, il alternait entre son ermitage, Toul et la région. On a gardé aussi le souvenir de sa lutte contre l’hérésie, sans doute l’arianisme[1]. Il fut inhumé à côté de St Mansuy à l’oratoire St Pierre. On a retrouvé son corps au 11ème siècle, sous l’épiscopat d’Hermann, et transporté ses reliques à la cathédrale.

                Les deux successeurs St ALCHAS et St CELSIN furent inhumés à côté de St Mansuy. Nous ne savons rien d’eux. Remarquons seulement qu’il y eut beaucoup d’ermites ou moines sur le siège épiscopal de Toul dans les premiers temps. L’influence « monastique »[2] fut donc très forte.    C’est une manière de vivre l’annonce de l’Evangile – le langage de la Croix comme dit St Paul[3] – qui ne vide pas la croix de son contenu : dans cette région à la civilisation gallo-romaine douce, confortable et paisible à l’époque, les témoins de l’Evangile « tranchent » par leur mode de vie érémitique et austère et montrent ainsi le « scandale de la Croix ».

     

    [1] Hérésie née à Alexandrie en Egypte à la fin du 3ème siècle qui niait la divinité de Jésus. Il était seulement un surhomme donné par Dieu, un être intermédiaire, moins qu’un dieu mais plus qu’un homme. Si Jésus n’est pas homme et Dieu, nous ne sommes pas sauvés. Le Concile de Nicée en 325 a condamné cette hérésie.

    [2] Le terme est entre guillemets pour souligner que ce monachisme là n’a rien à voir avec les formes que nous connaissons aujourd’hui. Il est plus proche de ce que nous appelons « les Pères du désert » en particulier en Egypte.

    [3] Voir la première épitre aux corinthiens les chapitres 2 à 4.

  • Histoire des chrétiens de Lorraine #6

    Saint Mansuy de Toul

    6     C’est donc un évêque itinérant qui se fixe à Toul dans la seconde moitié du 4ème siècle. Plusieurs raisons sont possibles : la communauté chrétienne touloise et celles des environs sont assez fournie pour suggérer la fixation… ou bien l’évêque, vieilli et fatigué par ses courses apostoliques, éprouve le besoin de s’arrêter. On ne sait.

          Mansuy – tel est son nom ou surnom, le mot veut dire « douceur » - s’établit à Toul et construit un oratoire, se souvient la tradition., un oratoire dédié à St Pierre.

         Il ne faut pas imaginer que le premier oratoire créé par St Mansuy avait la forme d’une  « chapelle » comme aujourd’hui !… En cette période qui suit de près la Paix de l’Eglise par l’édit de Constantin de 313, ce doit être encore une sorte de « Maison église ». Une « Maison Eglise », c’est-à-dire ? En latin, « domus ecclesiae », ce qui signifie « une maison de l’assemblée ». Peu à peu on perdra le mot « domus » et on parlera d’une « église » !

          Dans un premier temps, les chrétiens se réunissent dans la maison d’un chrétien plus aisé qui dans une maison plus grande, peut accueillir la communauté. Puis on aménage des maisons déjà existantes ; dès la première accalmie de persécution qu’on appelle la petite Paix de l’Eglise – 260-275 – les chrétiens commencent à construire directement des maisons dont l’aspect extérieur est celui d’une maison mais dont l’aménagement intérieur est adapté aux célébrations chrétiennes. C’est ce style qui se multipliera avec la Paix de Constantin en 313. Mais il ne faut surtout pas penser qu’il y eut un plan uniforme tout de suite ! Nous avons plusieurs exemples de « Maisons Eglises » découvertes dans les fouilles archéologiques : la mieux conservée est à Doura Europos, dans le sud de la Syrie actuelle, à Cirta (l’ancienne Constantine) en Algérie et Théonas dans la région d’Alexandrie, en Egypte. On en trouve des traces en Provence. Récemment on en a découverte une, sous l’église Ste Euphémie à Ravenne.

         Cela peut donner une idée de l’ « Oratoire » de Mansuy. La Maison Eglise de Toul comportait sans doute comme partout, un baptistère, une grande salle pour la liturgie eucharistique, une bibliothèque pour les Ecrits Saints mais aussi pour les lettres des autres évêques, des communautés qui renseignaient sur les martyres (Passions), qui échangeaient sur de événements de l’Eglise… et un logement pour l’évêque. Quand les communautés grandiront en nombre, il faudra trouver plus grand : c’est à ce moment que les chrétiens choisiront le mode basilical hérité de la tradition romaine. Mais le style « maison église » ne disparut pas totalement ni tout d’un coup.

         C’est dans cet oratoire que logea Mansuy ; c’est là qu’il fut enterré et c’est sur ce lieu que s’édifia plus tard l’abbaye St Mansuy. Le tombeau du saint fondateur demeura dans la crypte de la chapelle de l’abbaye jusqu’à l’incendie qui ravagea tout le lieu dans els années 1980. Le tombeau du saint évêque et ses restes sont maintenant à la cathédrale de Toul.

    Histoire de la pérégrination du tombeau de Saint Mansuy, C'EST ICI

    1.pngLes ruines calcinées de la chapelle élevée sur le tombeau de St Mansuy après la destruction de l’abbatiale par la révolution française.

    2.pngNous sommes dans l’ancienne chapelle. Le chœur est devant nous. On voit encore les deux descentes dans la crypte, couvertes aujourd’hui par deux plaques de bois.

    Tombeau de St Mansuy (cathédrale) : 

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    Visage de St Mansuy sur son tombeau      

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    Le petit enfant du gouverneur, noyé et ressuscité par St Mansuy (tombeau)

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    Tombeau de St Mansuy dans la cathédrale de Toul.
    Les reliques sont dans la chapelle voisine.

    Histoire de l'identification des reliques