Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Saints

  • Les nouveautés du blog....

    Chers amis,

     

    Voici quelques projets de « Foi et Culture » pour commencer cette année…

    Vous allez prochainement trouver sur ce blog une rubrique nouvelle d’histoire de notre diocèse… par petites touches pour nous réjouir de la vie chrétienne de nos ancêtres, nous sentir proches d’eux qui ont connu des difficultés comme nous, pour comprendre vraiment comme des héritiers … donc des fondateurs aujourd’hui. 

                « Pages d’histoire de l’Eglise qui est à Nancy »… Pages d’histoire seulement, car cette rubrique ne prétend pas être une histoire complète de la communauté catholique du diocèse de Toul d’abord, puis de Nancy et Toul aujourd’hui. C’est plutôt un parcours dans cette histoire, soulignant les points forts, les passages difficiles, les entreprises inaccomplies, les grandeurs et les ombres, au cours de ces longs siècles, depuis le milieu du 4ème siècle, temps de l’Evangélisation, jusqu’à 1914, juste avant les grands bouleversements qui feront naître nos 20ème et 21ème siècles et qui nécessiteraient une étude à eux tout seuls… « Pages d’histoire » aussi, parce qu’elles sont le fruit de mes curiosités – elles datent de ma classe de 4ème au lycée Poincaré de Nancy -, des conférences données, des cours assurés au grand séminaire de Nancy ou à l’institut des Sciences Religieuses, des recherches…au long des presque cinquante dernières années.

                « De l’Eglise du Christ qui est à Nancy et Toul » : cette manière de parler de l’Eglise est empruntée, on le sait, à l’Apocalypse de St Jean. Elle dit magnifiquement la réalité de l’Eglise diocésaine : l’Eglise du Christ dans sa plénitude présente en ce lieu – « Nancy et Toul », sur cette terre lorraine. Mais je l’ai choisi aussi pour une autre raison : j’ai voulu faire pressentir la vie profonde de la communauté catholique, des personnalités catholiques qui lui donnent une âme – saints, artistes, disciples humbles et riches …- la vie profonde de la foi, de la recherche de Dieu qui les saisit ; j’ai voulu montrer les évolutions théologiques, spirituelles, les passages difficiles…     J’ai voulu – ai-je réussi ? je ne sais – non seulement raconter les événements le plus sérieusement possible mais comment ils étaient sentis et vécus dans la foi… réalité qu’en France, on occulte systématiquement !... non par science – car le ressenti de la foi et son expression théologique sont des « documents de l’histoire » au même titre que les chartes et les bâtiments -, mais par idéologique laïciste qui déclare la foi sans réalité, réservée au privé et sans impact - !!!! - sur le donné historique !... voire troublant le donné historique. L’Eglise est donc toujours regardée comme une organisation (avec seulement les catégories de pouvoir, savoir, avoir …) jamais la recherche de Dieu, jamais la sainteté ! dont l’Eglise est pourtant le laboratoire avec constance depuis 2000 ans ! Sans nier cette dimension sociologique, je souhaite présenter l’histoire de notre Eglise locale comme un organisme vivant, avec ses exaltations, ses crispations, ses échecs, ses recherches laborieuses… sa vie… et son influence bien réelle, enfin !

                La citation, donnée en référence, tirée de l’épître aux Hébreux, vient me confirmer dans mon choix de présentation. Voilà comment l’auteur montre l’Eglise dans laquelle chaque disciple poursuit sa course : « Entourés d’une telle nuée de témoins, courons avec endurance l’épreuve qui nous est proposée, les yeux fixés sur Jésus, qui est à l’origine et au terme de la foi. » (Epitre aux Hébreux 12/1-2). Je veux montrer au cours de ces pages, cette course des disciples du Christ sur notre terre, durant ces 16 siècles de vie chrétienne, de témoignage, de foi, d’espérance et de charité, avec leurs lumières et leurs ombres « les yeux fixés sur Jésus », origine et terme de notre foi. 

                A Nancy, le 3 juin 2017, en cette fête de Pentecôte, clôture de notre année diocésaine, où plus de 400 disciples d’aujourd’hui – jeunes et adultes - ont reçu le sacrement de la confirmation.                                      

    Père Jacques Bombardier de l’Oratoire St Philippe Néri de Nancy

     

  • Thérèse d'Avila

    Concert  lecture

    A Bonsecours

    th d'avila.png

    Dimanche 10 janvier 17H

    Lecture de la correspondance

    Et commentaire par Martine Boiché

    Dialogue avec le violoncelle.

  • St Mansuy et les origines du diocèse de Toul.

                Le calendrier diocésain fête St Mansuy le 4 septembre, occasion pour nous de revenir à cette antiquité tardive où notre diocèse fut fondé.

                Faisons d’abord un petit tour dans notre pays :

                Trois peuples gaulois occupent notre région actuelle : Les Trévires (Trêves) au Nord Est ; les Médiomatriques (Metz) au Nord et les Leuques (Toul) au Sud. Aucun de ces peuples ne prit les armes contre les Romains. Aussi les Romains respectèrent-ils l’organisation des territoires (= des « cités ») et renforcèrent le côté « capitale » du chef-lieu des cités avec le titre de « cité libre » pour Toul. Les gaulois adoptèrent les dieux      romains comme en témoignent de nombreuses épitaphes retrouvées à Naix, Soulosse, Sion…[1]

             Notre pays des Leuques, à nos connaissances actuelles, connaît trois grands sanctuaires :  Grand.

                A l’écart de toute route ! La cité se développe surtout à partir du 1er siècle autour du sanctuaire dédié à Apollon Grannus (basilique, amphithéâtre pour

    17 OOO spectateurs, thermes…) C’est dans ce sanctuaire que se serait rendu Constantin - qui gouvernait la Gaule, l’Espagne et la Bretagne depuis 310 - lorsqu’il avait pris la succession de son père Constance Chlore. « Il avait conforté sa légitimité en se mettant sous la protection d’Apollon dont il disait avoir eu la vision dans le temple de Grand et qu’il invoquait sous le nom du Soleil ce que traduit dans ses monnaies, sa légende « Au soleil invaincu compagnon » de l’empereur. Ses panégyristes disaient que cette vision s’était accompagnée de la promesse d’un pouvoir universel. »[2] « La nature du pèlerinage de Grand est difficile à cerner. De nombreux fragments de statues et des inscriptions permettent de se faire une idée des divinités qui figuraient dans le sanctuaire: on a repéré des allusions à Apollon, mais aussi à Hygie (déesse de la Santé), à Esculape, à Bacchus, à Mercure, à Jupiter (en cavalier écrasant l’anguipède), à Epona, à Minerve, aux Déesses Mères. Ces représentations, très classiques et de tradition hellénistique, prouvent que l’influence romaine s’était imposée totalement, au détriment de l’art et des conceptions religieuses indigènes. Par un cheminement rituel, les pèlerins franchissaient d’abord le pomerium en faisant acte d’allégeance aux dieux, avec quelques offrandes, gâteaux et fruits. Ils allaient ensuite se purifier le corps dans l’un des établissements de bains (deux à l’extérieur du rempart, deux à l’intérieur) qui étaient alimentés par des aqueducs de surface. Ils entraient alors dans l’enceinte, puis dans le portique pour aller à la fontaine sacrée profiter de ses vertus thérapeutiques. Un ex-voto trouvé sur le site porte la formule «somno jussus» («ayant reçu des consignes pendant son sommeil»). Cela semble indiquer qu’on y pratiquait l’incubation : sous le portique, couché sur le sol (ou sur la peau d’un l’animal qu’il a offert en sacrifice), le consultant s’endormait et ses rêves étaient censés lui apporter la révélation prophétique qu’il avait sollicitée ou lui donner des indications sur la manière de recouvrer la santé. Apollon lui-même pouvait lui apparaître en songe pour lui indiquer le traitement à suivre. Ce rite d’incubation était pratiqué à Épidaure et, à Rome, dans le sanctuaire asclépien de l’île Tibérine. »

    grand.png 

    Le théâtre – amphithéâtre de Grand. Edifice mixte fréquent en Gaule.

    Deneuvre.

                L’autre grand temple attirant de nombreux fidèles était celui de Deneuvre  au Sud Est du domaine des Leuques. Le Temple était dédié à Hercule et le culte se rendait dans une zone de sources : la divinité romaine assumait la vision gauloise que les dieux se communiquaient aux hommes par l’eau des sources. Le mythe des 12 travaux d’Hercule est relu à cette époque comme un itinéraire d’humanisation que l’homme doit reproduire aidé par le dieu. C’est aussi un lieu de guérison (on ne sait de quoi) et d’exaucement : les stèles - ex voto – en témoignent.

                En effet, de très nombreuses stèles – sculptées sur place dans la pierre locale - d’Hercule dormant ou combattant, témoignent de la ferveur et de la fréquence du lieu. Créé vers 150 de notre ère, le temple connut un maximum de fréquentation dans les années qui suivirent. Puis alternent les périodes prospères et plus faibles. Vers 375, le lieu est systématiquement et minutieusement détruit, sans doute par la communauté chrétienne locale.

                Le musée actuel de Deneuvre est situé sur l’emplacement du temple dont il reconstitue avec minutie la réalité de l’époque prospère.

    temple.png

    Petit temple sur une des sources. Temple  reconstitué au musée de Deneuvre

                Sur la colline de Sion, troisième sanctuaire, les celtes vénéraient le dieu de la Guerre Wotan et la déesse de la fertilité et de l'abondance Rosmerta. Lors de la conquête romaine de la Gaule, l'enceinte de Sion était une des places forte des Leuques. La colline connaissait alors un commerce actif avec la péninsule Italique, fait de céramiques campaniennes, d'amphores et de vaisselle métallique. Elle constituait géographiquement un point de contrôle, implanté sur l'axe nord-sud reliant la Saône à la Moselle.

                « De nombreux vestiges d’habitation ont été mis au jour sur le site pour cette période : fondations de murs, caves, fragments de mosaïques. Cet ensemble reflète une certaine richesse, qui se traduit aussi par du mobilier : fibules, épingles, plats et statuettes en bronze (dont le célèbre Hermaphrodite).  Au lieu-dit Les Grands Champs (sur la colline de Sion), une nécropole a livré plusieurs tombes à incinération ou à inhumation. Enfin, une inscriptionau dieu romain du commerce Mercure et à la déesse gauloise de la fertilité et de l’abondance Rosmerta semble indiquer l’existence d’un sanctuaire gallo-romain. »[3]

    nn.png

     Saxon-Sion, La Côte de Sion, Inscription en l'honneur de Mercure et Rosmerta, Musée Lorrain - Pierre Mignot 

             Le pays des Leuques a une capitale, renforcée dans l’autorité par les Romains. Toul – dont la grande rivale est Sion, sans doute plus riche - est alors une petite cité gallo-romaine dont la fondation remonte aux années qui ont suivi la conquête de la Gaule par César (58 av. JC). La rue Michâtel repose sur le « cardo » de la ville romaine situé environ 8 m sous le niveau actuel.

                La cité est bien reliée, ce qui fut sans doute sa force face à Sion.

                Par les routes : celle venant de Lyon par Langres à Toul ; par là, la cité était reliée avec le sud, lieu de culture et d’économie prospère. A partir de Metz, la route se dédoublait de chaque côté de la Moselle pour gagner Trêves et ensuite, Cologne ou Mayence. A Metz, cette route croisait l’axe Ouest/Est venant de Reims vers Trêves. De plus, une route venant de Reims passait à Toul par la vallée de l’Ornain et une autre allait vers le Donon et Strasbourg. Une autre route partait de Toul vers Sion. (La route vers Colombey les Belles aujourd’hui)

                Par les rivières : La Moselle surtout pour le transport des personnes et des biens, notamment la pierre des carrières mais aussi la Seille (pour le transport du sel), la Meurthe (pour le flottage du bois)

                L’édit de Caracalla en 212 conféra la citoyenneté romaine à tous les habitants de l’Empire libres.

                Mais l’anarchie dans l’Empire entre 235 et 285 permit l’invasion des Francs et des Alamans et un sentiment d’abandon par l’autorité romaine pour les populations. Un redressement eut lieu de la part des autorités impériales entre 285 et 350. Mais des incursions barbares reprirent en 352, 356-57, 366-67, 377-78… Les peuplades arrivaient par la Moselle ou par le seuil de Saverne.

                La réorganisation de Dioclétien et de Constantin donna une grande importance à Trêves où résidait le gouverneur - consulaire de l’ordre sénatorial - de la région et conduisit les villes à se doter de remparts et à resserrer leur surface, signe d’une réelle crise économique. Seule Metz reste une grande ville. Certaines villas luxueuses de campagne furent abandonnées à cause des invasions.

    Une diffusion du christianisme par les militaires à partir du IIIè siècle

     maurice.png St Maurice d’Agaune et ses compagnons soldats, coptes venus de Thèbes en Egypte, martyrs du Valais, sont morts pour leur foi vers la fin du IIIème siècle. Les soldats de la légion thébaine avaient reçu l’ordre de tuer tous les habitants près d'Octodure (la ville de Martigny au Nord des Alpes), qui avaient été convertis au christianisme le ministère de St Materne. Le refus de saint Maurice et celui de sa légion d'obéir à cet ordre, a été la cause d'un célèbre martyre, le massacre de la légion  thébéenne. Le christianisme se diffusa beaucoup dans les milieux militaires et par eux, dans l’Empire. Un des plus vieux sanctuaire toulois, dédié à St Maurice et construit par St Evre au début du VIème siècle, peut être un témoin de cette mission des militaires et même de l’influence de St Maurice d’Agaune.

             IVème siècle      

             Sans doute aussi une annonce du Christ par St Athanase d’Alexandrie… allant en exil à Trêves et passant nécessairement à Toul. Quand on connaît la fougue et le zèle apostolique du prélat, ce serait étonnant qu’il n’ait pas parlé du Christ à Toul !

                En effet, le 5 février336, Athanase doit prendre le chemin de l'exil à Trêves. Il y séjourne pendant un peu plus d'un an, du printemps 336 à juin 337. Il  a des compagnons égyptiens comme lui et y est bien reçu par l'évêque de la ville St Maximin. Réside également à Trèves le « César Constantin », fils aîné de l'empereur, qui devient le protecteur d'Athanase. L'empereur Constantin 1er  meurt  dans la ville de Nicomédie le 22 mai 337, et la nouvelle parvient à Trèves dans les premiers jours de juin. Le 17 de ce mois, le césar Constantin envoie une lettre au peuple et au clergé d’Alexandrie : il y affirme que l'intention de son père était de rétablir Athanase sur son siège, et que lui-même va exécuter cette volonté. Athanase arrive le 23 novembre à Alexandrie, où il est accueilli en triomphe par ses partisans, mais où ses ennemis provoquent aussi des tumultes.

                Et Athanase n’est pas le seul père de l’Eglise d’importante à être passé à Toul.  St Jérôme (347-420), St Martin (316-397) et St Ambroise (né à Trêves en 340) se rendant à Trêves ou en revenant,  passèrent dans la ville. Le poète Ausone (309-394) précepteur de Gallien puis préfet des Gaules séjourna à Toul et chanta la beauté de la Moselle. (extrait de l’Idylle  X[4]) : On pourra constater toute l’activité économique de ce fleuve évoquée par Ausone autant que la beauté de ses rives :

    « Ces belles eaux de la Moselle qui roulent à leurs pieds[5] avec un doux murmure. Salut, fleuve béni des campagnes, béni des laboureurs ;  fleuve riche en coteaux que parfume Bacchus, fleuve tout verdoyant, aux rives gazonneuses : navigable comme l’océan, entraînée sur une douce pente comme une rivière, transparente comme le cristal d’un lac, ton onde en son cours imite le frémissement des ruisseaux, et donne un breuvage préférable aux fraîches eaux des fontaines : tu as seul tous les dons réunis des fontaines, des ruisseaux, des rivières, des lacs, et de la mer même, dont le double flux ouvre deux routes à l’homme. Tu promènes tes flots paisibles sans redouter jamais le murmure des vents ou le choc des écueils cachés. Le sable ne surmonte point tes ondes pour interrompre ta marche rapide, et te forcer de la reprendre ; des terres amoncelées au milieu de ton lit n’arrêtent point ton cours, et tu ne crains pas qu’une île, en partageant tes eaux, ne t’enlève l’honneur mérité du nom de fleuve ! Tu présentes une double voie aux navires, soit qu’en se laissant aller au courant de ton onde, les rames agiles frappent ton sein agité ; soit qu’en remontant tes bords, attaché sans relâche à la remorque, le matelot tire à son cou les câbles des bateaux. Combien de fois, étonné toi-même du retour de tes eaux refoulées, n’as-tu pas pensé que ton cours naturel s’était ralenti ? L’herbe des marécages ne borde pas tes rives, et tes flots paresseux ne déposent point sur tes grèves un limon impur. Le pied qui t’approche ne se mouille jamais avant d’avoir effleuré tes ondes.

                O Moselle, on doit te célébrer aux plages étrangères, te célébrer partout et non pas seulement aux lieux où, jaillissant de ta source, tu découvres l’éclat doré de ton front de taureau, où tu traînes à travers les champs tes ondes calmes et sinueuses, aux ports enfin de la Germanie, où s’ouvre ton embouchure. Tu seras connue des fontaines, des sources vives, connue des fleuves azurés, des antiques forêts qui font l’orgueil des campagnes ; pour toi la Drôme, pour toi la Durance qui porte çà et là sa course incertaine, pour toi les fleuves des Alpes auront des hommages, ainsi que le Rhône lui-même, qui traverse une cité qu’il partage, pour donner aussi un nom à sa rive droite. Et moi, je te recommanderai aux flots bleus des étangs, aux grandes rivières mugissantes, à l’océan de ma Garonne. »[6]

             L’absence de martyr dans notre région sous le règne de Dioclétien – dont la persécution généralisée et organisée fut terrible pour els chrétiens – montre la petitesse te la discrétion de la communauté chrétienne de Toul.

             L’organisation de la communauté autour d’un évêque :

              C’est dans la 1ère moitié du IVè ( 50 ans près Metz qui eut son évêque dans le  dernier quart du IIIè) que Mansuy/ Mansuet (Mansuetus = le doux)  arrive à Toul et devint le premier évêque d’une communauté chrétienne déjà existante.  Vraisemblablement, Mansuy est un évêque itinérant de la Belgica prima, le premier à s'être fixé en fin de vie à Tullum. Il aurait exercé son ministère de 338 à 375. La première Vie de St Mansuy fut écrite au Xème siècle, par le moine Adson abbé de Montier en Der.

                Ce qu’on sait de sûr, c’est que Mansuy édifia aux portes de la Cité, hors les murs, un oratoire, une petite église qu’il dédia à St Pierre et dans laquelle il fut enterré. Ce lien à St Pierre est très symbolique et intéressant : cela ne veut pas dire, comme on l’a enseigné longtemps, que l’apôtre Pierre aurait envoyé Mansuy à Toul ; cela montre simplement l’attachement naissant au siège de Pierre par lequel Toul est rattachée à la mission apostolique.  Plus tard une abbaye s’éleva sur son tombeau jusqu’à la Révolution et son corps demeura à cet endroit jusqu’en 1990.

                Le miracle le plus célèbre du saint fondateur est la résurrection du fils du gouverneur romain de la ville qui s’était noyé dans la Moselle.

    mansuy.png

    Tombeau de St Mansuy sculpté au XVIè par Mansuy Gauvain un des grands sculpteurs de la Renaissance en Lorraine. Il est aujourd’hui dans la cathédrale de Toul.

             Il ne faut pas imaginer que le premier oratoire créé par St Mansuy avait la forme d’une chapelle… En cette période qui suit de près la Paix de l’Eglise par l’édit de Constantin de 313, ce doit être encore une « maison église » : les chrétiens avaient aménagé des maisons déjà existantes ou construit directement des maisons dont l’aspect extérieur était celui d’une maison mais dont l’aménagement intérieur était adapté aux célébrations chrétiennes. On les appelle des « Maisons églises » sans penser qu’il y eut un plan uniforme tout de suite !

                Les fouilles archéologiques  nous ont offert plusieurs exemples de ces « maisons églises » : la mieux conservée est celle Doura Europas dans le sud de la Syrie actuelle, Cirta (l’ancienne Constantine) et Théonas dans la région d’Alexandrie. Des oratoires du même type se trouvent dans les villes des diocèses du Sud de la France à la même époque.

                St Mansuy, selon la tradition, eut pour successeur St AMON, ermite au « val de St Amon » entre Favières et Gémonville. Il y vivait avec quelques disciples. Devenu évêque, il alternait entre son ermitage, Toul et la région. On a gardé aussi le souvenir de sa lutte contre l’hérésie, sans doute l’arianisme. Il fut inhumé à côté de St Mansuy à l’oratoire St Pierre. On a retrouvé son corps au XIè sous l’épiscopat d’Hermann et transporté ses reliques à la cathédrale. Les deux successeurs St ALCHAS et St CELSIN furent inhumés à côté de St Mansuy. Nous ne savons rien d’eux. 

             Les premiers saints, martyrs sous Julien l’Apostat ou non

             Sainte Libaire

             Elle naquit et mourut à Grand d’où sept voies romaines divergeaient en étoile.Sa vie nous est connue par une Passion écrite au XIème siècle !Elle était bergère, chrétienne de la première génération à Grand, elle fut arrêtée pour ce motif et fut sommée d’adorer les divinités officielles. Son refus entraîna son exécution, sur la voie romaine, en direction de Soulosse, à la deuxième  borne milliaire. Les fidèles ramenèrent son corps dans la ville, aux portes, là où s’élève aujourd’hui la chapelle qui lui est dédiée.Un cimetière – qui existe toujours - commença à se former autour de sa tombe.
         

    libaire.png

      La chapelle Ste Libaire à Grand

    St Elophe.

             C’est le premier martyr lorrain et l’un des plus anciens personnages religieux connus de notre histoire. Comment le connaissons-nous ?  Par une Passion contenue dans un manuscrit de Cologne rédigé peu après 1036 et conservé à la bibliothèque royale de Bruxelles. D’autres manuscrits se trouvent dans les bibliothèques de Glogaw  en Silésie, de Ratisbonne, Trêves… La région, rappelons-le,  se trouvait alors traversée par une des voies romaines les plus importantes de l’Occident, celle qui reliait Rome à Cologne par les vallées du Rhône, de la Saône, de la haute Meuse et de la basse Moselle.

    Nous sommes au IVème  siècle, sous Julien l’Apostat (361-363). Selon cette Passion, Elophe appartenait à une famille patricienne de Grand et il aurait plusieurs frères et sœurs :  Euchaire, Menne, Libaire, Suzanne, Ode et Gontrude.  

     C’était un chrétien zélé et intrépide qui n’hésitait pas à proclamer sa foi à Grand et à Soulosse (Solimariaca), oppidum gaulois situé sur le haut de la colline et signalé dans les anciennes cartes comme l’Itinéraire d’Antonin et la Table de Peutinger. Solecia situé un peu en dessous de l’oppidum était un relais romain situé auprès du pont qui enjambait le Vair. Le zèle d’Elophe le conduisit même à détruire des idoles païennes.

    Arrêté par les autorités romaines locales, il est jeté en prison, jugé et condamné à la décapitation, signe de sa condition sociale élevée. L’exécution a lieu au bord du Vair à Soulosse aujourd’hui. La légende raconte qu’aussitôt après son exécution, il prend sa tête dans ses mains et remonte la colline voisine avec un arrêt dans la montée au bord d’un rocher qu’on voit encore, avant de mourir en haut de la colline là où se trouvent aujourd’hui l’église et son tombeau. Un pèlerinage se crée aussitôt et de nombreux miracles. Telle est rapidement résumé le texte de cette Passion lue, dans la liturgie de la fête, aux fidèles à Cologne chaque année au 16 octobre. 

    Le portement de tête : ce fait est raconté pour la vie d’une soixantaine d’autres martyrs ! On les appelle les saints céphalophores. Le plus célèbre est St Denis de Paris. Ce détail a une portée mystique : St Jean Chrysostome dit à propos de deux martyrs d’Antioche : « De même que les soldats montrant les blessures qu’ils ont reçues en combattant, s’adressent au Roi avec confiance, ainsi les martyrs portant dans les mains leur tête coupée, obtiennent du Roi des Cieux tout ce qu’ils veulent. »

    L’archéologie complète nos sources : le catalogue des fouilles faites à Soulosse présente une centaine de très beaux objets découverts en 1948 et 1967. Parmi ces objets, deux, du VIème siècle, nous intéressent plus particulièrement dans notre histoire : une inscription lapidaire déposée au musée d’Epinal, en mémoire de deux femmes qui étaient devenues chrétiennes ; une coupe de bronze sur laquelle est gravée le poisson (en grec, ichthus : avec chacune des lettres ont peut composer une profession de foi chrétienne : i JESUS ch Christ th de Dieu u le fils s sauveur) 

    De plus, autour du tombeau du saint dans l’église, on a trouvé des tombeaux mérovingiens, datant du VIème siècle, de notables qui se sont fait enterrés là, volontairement. La dévotion au saint date donc d’une époque proche de son martyre.

    St Gérard en 965 vint vénérer les reliques, en fit trois parts, une pour le lieu, une pour la cathédrale de Toul et une pour Cologne (Grand St Martin) qu’il se chargea lui-même de porter dans sa vile natale. On possède même le parchemin du Xème siècle relatant l’acte de St Gérard !

    On peut suivre à pied le chemin du martyre : La chapelle Ste Epéotte : lieu de la décapitation dans un méandre du Vair. Elle date du XVIème siècle. Elle fut tenue longtemps par un ermite. A côté de St Elophe, sa sœur Ste Libaire. La fontaine :  à mi-côte. Une source d’un versant calcaire bien connu dans nos régions.  La reculée : une petite grotte dans un rocher, lieu de  repos du martyr ;  la chaire de St Elophe dans le cimetière : elle proviendrait d’un édifice gallo-romain des alentours car la pierre n’est pas celle du pays ou peut-être même de l’amphithéâtre de Grand, comme les sièges curules réservés aux notables. Enfin, l’église et le tombeau : du XIème siècle et du XIIIème, terminée au XVIè. Ce tombeau est une dalle sur sept petits piliers auxquels s’adossent des figurines  humaines : la famille de St Elophe ? Mais il y a aussi Véronique et son linge ? St Elophe, en gisant, est représenté en diacre… puisqu’il prêchait ! Son visage est particulièrement paisible.

    épeotte.png

    Chapelle Ste Epéotte au bord du Vair         

    élophe.png

    Tombeau de St Elophe dans l’église

             Sainte Menne, non martyre.

                Nous ne savons pas beaucoup de choses sur sa vie. Seule une Vie du XIIème siècle nous parle d’elle.  Menne est née à Soulosse. Elle fut confiée à l’évêque Memmie de Chalon sur Marne. C’est là que se précisa la vocation d’ermite de la jeune femme. Elle vécut d’abord dans la solitude en Champagne puis revint en Lorraine, dans le Saintois, entre Poussay et Puzieux. Elle  mourut le 3 octobre d’une année de la fin du IVème siècle, tout près du village de Blénod les Toul. Ses reliques furent transférées à l’abbaye de Poussay par St Léon IX. Au XVIè siècle, Hugues des Hazards, chancelier de Lorraine et bientôt évêque de Toul, originaire de Blénod, construisit une chapelle en l’honneur de Ste Menne sur le territoire de sa commune d’origine.



    [1] Voir musées d’Epinal et Lorrain

    [2] L’antiquité tardive en Provence  Naissance d’une chrétienté sous la direction de Jean Guyon et Marc Huijmans. 2013 p. 25-26

    [3] Présentation  sur site de Sion.

    [4]Traduction E.F. Corpet, 1843

    [5] il s’agit des murailles de la cité gallo-romaine

    [6]Ausone ou Decius ou Decimus Magnus Ausonius, est né en Aquitaine soit à Bazas (Gironde) soit à Burdigala (actuelle Bordeaux) en 309/310 et mort en 394/395 ap. J.-C. dans la villa paternelle située dans le vignoble bordelais entre Langon et La Réole où il s'est retiré à la mort de son protecteur, l'empereur Gratien. Il fut professeur et conseiller politique du Bas-Empire romain. Ausone est surtout renommé par son statut littéraire : poète de langue latine, ce fin lettré du Bas Empire occidental est l'auteur de vingt livres en latin. Mais la littérature française le tient pour le premier représentant d'une longue tradition, celle des lettres latines de France et de l'usage du latin moderne dans ce pays jusqu'à nos jours.

  • Litanies des Saints du diocèse de Nancy et Toul .

    Pour fêter la Toussaint localement ...

    Les saints évêques de Toul

    St Mansuy (premier évêque IVè siècle)
    St Amon (2è évêque IVè)
    St Alchas (3è évêque Vè) 

    St Celsin (4è évêque Vè)
    StAuspice(5è évêque vers 470)
    St Ours (6è évêque en 496) 

    St Epvre (7è évêque en 500)
    St Albaud (8è évêque)
    St Dulcitius (10è évêque vers 530)

       St Prémon (12è évêque)
       St Eudulus (14è évêque en 614)
       St Leudin-Bodon (17 è évêque VIIè siècle)

       St Jacob (24è évêque 756-765)
       St Arnould (28è évêque, 849-871)@
       St Gauzelin (32è évêque 922-962) 

       St Gérard (33è évêque 963-994)
       St Etienne de Lunéville (34è évêque 994-996)@
       St Léon IX (38è évêque 1026-1049)

    Les autres saints selon la chronologie.

    Les martyrs des origines

    St Denis, Rusticus et Eleuthère   (IVè siècle martyr) @
    St Euchaire (IVè siècle martyr à Pompey)@  et St Don (martyr près de Dombasle. Quand ? )
    St Elophe, Libaire, Menne et Suzanne (IVè siècle. martyrs de Grand)@ 

    Le temps des Pères

    St Nicolas (IVè siècle évêque de Myre, au concile de Nicée)
    St Vaast (Vè siècle, catéchiste de Clovis. évêque d’Arras)
    St Firmin( Vè siècle. originaire de Toul, écolâtre de Toul, 7è évêque de Verdun)@ 

    St Gibien ermite à Essey et Maizerais., St Siméon ermite à Sion
    St Venance et St Vincent de Lérins nés à Toul@
    Ste Marguerite sœur de St Honorat de Lérins née à Toul@ 

    Ste Reine de Pierre la Treiche
    Les Saints du St Mont : St Amé, St Arnould, St Romaric moines à Rémiremont
    St Déodat moine à St Dié 

    Le Haut Moyen-Age

    St Basle (VIè siècle. ermite et évangélisateur des campagnes de la région de Grand)
    St Sigisbert (VIIè siècle jeune roi pacifique d’Austrasie)
    St Dagobert II 

    Le Moyen-Age

    Bx Jean de Vandières (Xè siècle, curé de Fontenoy puis abbé de Gorze et ambassadeur de l’empereur Otton 1er auprès du calife de Cordoue)@
    St Tanquille abbé de St Evre de Toul
    St Wandrice abbé de Montier en Der 

    Les temps modernes

    Ste Jeanne d’Arc( XVè siècle. vierge à mission politique)@
    Bse Marguerite de Lorraine-Vaudémont (XVIè siècle, duchesse d’Alençon, mère de famille et clarisse)@
    Bse Alix Le Cler (XVIIè siècle. de Remiremont. religieuse enseignante)@
    Et St Pierre Fourier (XVIIè siècle. religieux, curé , enseignant et résistant lorrain)@ 

    Le siècle des Lumières

    Bx Antoine de Ravinel     ( XVIIIè siècle. de Bayon. martyr de la Révolution, 2 sept.1792)@
    Bx Jean-François Burté (XVIIIè siècle. de Rambervillers. Franciscain cordelier,  martyr de la Révolution, 2 sept. 1792)@
    Bx Frère Sébastien François ( XVIIIè siècle. capucin né à Nancy,  paroisse St Nicolas. Martyr des Pontons de Rochefort 1794)@ 

    Bx Gervais-Protais Brunel( XVIIIè siècle. trappiste né à Magnières. Martyr des Pontons  de Rochefort 1794)@
    Bx Hubert Gagnot( XVIIIè siècle. carme  de Nancy.  Martyr des Pontons  de Rochefort 1794)
    Bx Frère Uldaric Guillaume (XVIIIè siècle. frère des Ecoles Chrétiennes de Nancy. Martyr des Pontons  de Rochefort 1794) 

    Le XIXè siècle des missionnaires dans les pays lointains. 

    St Augustin Schoeffler     (XIXè siècle. de Mittelbronn. élève du séminaire de Nancy  puis aux Missions Etrangères de Paris. martyr au Tonkin)@
    Bx Jean Martin Moye (fondateur des sœurs de la Providence de Portieux, missionnaire en Chine)
    Bx Joseph Gérard (XIXè s.-1914. de Bouxières-aux-Chênes. OMI. fondateur de l’Eglise du Lesotho)@

    Le XXè siècle

             Bx Charles de Foucauld  (1858-1916. Ermite du Sahara)
             Bx Charles de Habsbourg - Lorraine (1888-1922. Homme de paix. Dernier empereur d’Autriche) 

    @ saints nés dans le diocèse.

  • Saint Pierre Fourier‬

    St Pierre Fourier.jpg

    Tableau de l’église St Martin de Pont-à-Mousson, église de l’Université des Jésuites.

    Fils d’un marchand drapier (son père est maître de la Frairie des drapiers de 1579 à 15816), il voit le jour en 1565. En 1578, à l'âge de 14 ans, il entre à la Faculté jésuite des Arts de Pont-à-Mousson où il poursuit pendant six ans des études de grammaire et de rhétorique. Son cousin Jean Fourier (1559-1636) y est professeur de théologie avant de devenir recteur de l'université. Le Père jésuite Louis Richeome - surnommé le “Cicéron français”- le marque profondément avec sa conception optimiste de la nature humaine qui rejoint l'enseignement du Concile de Trente et annonce l'Humanisme dévot.

    En 1585, il est ordonné prêtre. Ses confrères chanoines inquiets de sa piété, le renvoient à l'Université de Pont-à-Mousson où il accomplit pendant sept ans des études de théologie et de droit, au contact du légiste Pierre Grégoire fondateur de l'«École doctrinale de Droit Public de Pont-à-Mousson». Il est formé à la théologie de Saint Thomas actualisée par le dominicain Cajetan.

    De retour à Chaumousey son abbaye, pour se débarrasser de lui, il se voit confier en 1597 la cure de Mattaincourtnote paroisse considérée comme un village « déchristianisé », dont il reste le curé jusqu'à sa mort en 1640.
Il associe son ministère rural à de grands projets apostoliques comme l'institution de la Congrégation Notre-Dame, la réforme des chanoines réguliers de sa congrégation et la création d'un enseignement élémentaire. Il se montre d'un grand dévouement pour les pauvres. En ce siècle tourmenté (guerre de Trente ans, famine), il prône la solidarité envers les plus démunis ; il crée un système d'entraide qu'il appelle une petite dévotionnette (équipe de cinq à six laïques qui collectent des vivres et les distribuent), et il met en place une soupe populaire. Pour éviter aux artisans en difficulté d’avoir à emprunter de l’argent aux usuriers, il crée une caisse mutuelle : la bourse Saint-Epvre qui prête sans gage et sans intérêt.

    Alors que Louis XIII et le cardinal de Richelieu essaient d’annexer le duché de Lorraine, la fidélité à son souverain légitime, le duc de Lorraine et de Bar Charles IV, lui vaut d’être expulsé en 1636 par le redoutable prélat. Il trouvera refuge à Gray en Franche-Comté, alors possession espagnole. Il y meurt quatre ans plus tard à l'âge de 75 ans.

  • ‪Servais de Lairuelz‬ (1560-1631)

                Né en 1560 à Soignies dans le Hainaut, il prit l'habit des prémontrés le 25 mars 1580 à l'abbaye Saint-Paul de Verdun, dont son oncle Jacques Colpin était alors prieur.

    « On lui avoit donné au baptême, le nom d'Annibal mais Nicolas de Bousmar, Évêque de Verdun, le lui changea en celui de Servais lorsqu'il lui administra la confirmation ».

                Il est envoyé suivre les cours de l'université de Pont-à-Mousson fondée par les jésuites en 1574 et réside à l'abbaye voisine de Sainte-Marie-au-Bois ; à l'université, il se lie avec Didier de La Cour, futur fondateur de la congrégation bénédictine de Saint-Vanne et saint Pierre Fourier, deux de ses condisciples.

                Par suite des troubles politiques et de la peste (1585), il gagne Paris et poursuit ses études en Sorbonne, en résidant au collège prémontré de Paris où il fut en contact avec les autorités centrales de l'ordre et fut ainsi choisi par le vicaire général François Loiseleur pour l'accompagner dans ses visites canoniques, avant même d'être promu docteur en théologie.

                Devenu docteur en théologie, il retourne à Saint-Paul de Verdun et ne semble pas y avoir d'abord mené une vie particulièrement régulière et fervente. Vint le temps du dégoût de la vie facile, puis une maladie grave ; Lairuelz se convertit et son premier soin fut de travailler à la restauration de la discipline monastique parmi ses frères.

                Devant leurs réticences, il songea à quitter son ordre, mais y renonça sur les conseils du jésuite Anselme André qui l'orienta vers la réforme de l'ensemble de l'ordre prémontré (vers 1592-1593). En 1596, Lairuelz gagne la confiance de François de Longpré † 1613, abbé réformateur élu général de l'ordre, et devient son confident ; bientôt après, il est nommé vicaire général (vers 1597) ; il le demeura jusqu'en 1617. En vertu de cette charge, il visita canoniquement les maisons prémontrées, en particulier dans l'Allemagne, l'Autriche et la Belgique actuelle. On conserve un assez grand nombre des ordonnances prises dans les chapitres tenus durant ses visites.

                Lentement mûrit en lui la conviction qu'une réforme plus radicale était nécessaire et qu'il fallait remettre en vigueur les Statuts primitifs. Un groupe d'abbayes lorraines adopta ces Statuts ; cette « communauté de la primitive rigueur » se donna une structure particulière.

                En 1600, il succède à l'abbé de Sainte-Marie-au-Bois, Daniel Picard, et envoie ses jeunes religieux suivre les cours de l'Université de Pont-à-Mousson. À partir de 1607, il œuvre au transfert de son abbaye à côté de l'Université à Pont-à-Mousson. La construction de la nouvelle abbaye Sainte-Marie-Majeure débute en 1609 et se termine en 1616.

                La dizaine de livres qu'il a publiés font la promotion de la stricte observance ; on y relève aussi l'influence de la Compagnie de Jésus.

    • Optica Regularium en 1603, jette les bases de la Réforme de Lorraine
    • Statut de la réforme de l'Ordre de Prémontré
    • Catéchisme des Novices
    • L'optique des réguliers de l'Ordre des Augustins

                En 1631, il ramène ses moines à Sainte-Marie-au-Bois pour fuir l'épidémie de peste qui sévit à Pont-à-Mousson et c'est là qu'il meurt le 18 octobre 1631.

  • 4 septembre : Saint Mansuy

    St Mansuy et l’organisation de la communauté autour d’un évêque : 

    Fête dans le diocèse le 4 septembre

    tombeau Saint Mansuy b.jpg

    le tombeau de St Mansuy à la cathédrale de Toul. Oeuvre de Mansuy  
    Gauvain grand sculpteur lorrain du XVIè, celui qui a sculpté Notre  
    Dame de Bonsecours

       C’est dans la 1ère moitié du IVè (Metz  dernier quart du IIIè) que Mansuy/ Mansuet (Mansuetus en latin =le doux)  arrive à Toul et il fut le premier évêque d’une communauté chrétienne déjà existante, même si elle était petite. Elle fut sans doute créée par des militaires chrétiens en poste à Toul et sans doute par les grands personnages chrétiens qui passèrent à Toul : St Athanase d’Alexandrie … allant en exil à Trêves et passant nécessairement à Toul.

       En effet, le 5 février 336, Athanase doit prendre le chemin de l'exil à Trèves. Il y séjourne pendant un peu plus d'un an (printemps 336 - juin 337). Il  a des compagnons égyptiens et y est bien reçu par l'évêque de la ville, Maximin. Réside également à Trèves le césar Constantin, fils aîné de l'empereur, qui devient le protecteur d'Athanase. L'empereur Constantin Ier meurt à Nicomédie le 22 mai 337, et la nouvelle parvient à Trèves dans les premiers jours de juin. Le 17 de ce mois, le césar Constantin envoie une lettre au peuple et au clergé d'Alexandrie : il y affirme que l'intention de son père était de rétablir Athanase sur son siège, et que lui-même va exécuter cette volonté. Athanase arrive le 23 novembre à Alexandrie, où il est accueilli en triomphe par ses partisans, mais où ses ennemis provoquent aussi des tumultes.Notons que St Jérôme (347-420), St Martin (316-397) et St Ambroise (né à Trêves en 340-397) se rendant à Trêves ou en revenant,  passèrent aussi à Toul. Le poète Ausone (309-394) précepteur de Gallien  puis préfet des Gaules séjourna à Toul et chanta la beauté de la Moselle.

       Revenons à Mansuy : Il serait sans doute plus juste de dire que Mansuy, un évêque itinérant de la Belgica prima, est le premier à s'être fixé en fin de vie à Tullum. Il aurait exercé son ministère de 338 à 375.

       La première Vie de St Mansuy fut écrite au Xème siècle, par le moine Adson abbé de Montier en Der.

       Ce qu’on sait de sûr, c’est que Mansuy édifia aux portes de la Cité, hors les murs, un oratoire, une petite église qu’il dédia à St Pierre et dans laquelle il fut enterré. Ce lien à St Pierre est très symbolique et intéressant. Plus tard une abbaye s’éleva sur son tombeau jusqu’à la Révolution et son corps demeura à cet endroit jusqu’en 1990.

       Le miracle le plus célèbre du saint fondateur : la résurrection du fils du gouverneur romain de la ville qui s’était noyé dans la Moselle.

  • 2 septembre : Bienheureux Antoine de Ravinel

    Mémoire diocésaine

    Antoine de Ravinel naquit à Bayon, le 6 juillet 1769, dans une famille qui compte encore en Lorraine de nombreux descendants. Après des études qui lui valurent le grade de maître ès arts de l'université de Nancy (sise dans l'actuelle bibliothèque municipale), il entra au séminaire de cette ville et fut tonsuré le 26 mars 1785 dans l'église Saint Pierre (ancienne église Saint Pierre). 

    Admis aux ordres mineurs en 1788, il partit pour compléter sa formation cléricale au séminaire Saint-Sulpice, à Paris, où il vit débuter la Révolution. il y fut ordonné sous-diacre en 1791, puis diacre, le 29 mai 1792.

    La persécution déclenchée contre le clergé insermenté atteignit le jeune séminariste, qui fut arrêté le 15 août 1792 et enfermé au couvent des Carmes (actuel institut Catholique). C'est là qu'i trouva la mort au cours des massacres du 2 septembre. Il fut béatifié le 17 novembre 1926, avec tous ses compagnons de supplice, parmi lesquels le Père Burté, religieux cordelier, natif de Rambervillers, et qui avait été plus de vingt ans au couvent de son ordre à Nancy.

    Petite-eglise-st-pierre.jpg

    Ancienne église Saint Pierre

  • Le Vénérable Dom Didier De La Cour

    MOINE BENEDICTIN  1550-1623

    Le monastère de Moyenmoutier et  St Hydulphe (612 - 707) son fondateur

                Le monastère a été fondé en 671 par le moine St Hydulphe, disciple de St Colomban, l’Irlandais. Né en Bavière, après des études aux écoles de Ratisbonne, il entra au monastère de St Maximin de Trêves. Après quelques années de vie monastique, il fut nommé chorévèque[1] de Trêves, et cela pendant trente années !... mais l’appel à la solitude le hante. Après un passage à Toul, c’est dans cette vallée du Rabodeau qu’il la trouve et qu’il fonde une petite solitude, Medium Monasterium, c’est-à-dire Le Monastère du Milieu, entre Senones (669)  à l’Orient, Etival à l’Occident, St Dié (670) au midi et Bonmoutier (660) au Nord, la sainte Croix des Vosges[2]. Il est bien vite rejoint par quelques disciples - Spinule, Jean et Bénigne - et il construit deux oratoires, l’un dédié à Notre Dame et l’autre à St Pierre ainsi que quelques bâtiments monastiques. Mais les disciples sont si nombreux qu’ils essaiment en petits ermitages à Hurbache, Le Ban de Sapt, St Jean d’Ormont, St Prayel, St Blaise (ancien Bégoncelle), Vézeval, La Haute Pierre, Malfosse... En l’an 1000, ces maisons sont toutes florissantes et on peut parler de « la nébuleuse monastique de Moyenmoutier ».

                Le monastère est régi par la règle mixte de St Benoît - St Hydulphe la connaissait parfaitement puisqu’elle régissait Trêves et qu’il aimait ce saint  auquel il ressemblait tant -  et St Colomban, l’austère irlandais, le maître du Val de Galilée de St Dié. Un village s’établit autour du monastère et une église paroissiale dédiée à St Evre est édifiée. Le Saint Abbé Hydulphe mourut le 11 juillet 707. « St Hydulphe fait figure d’un pionnier de grande classe. Il laissait à sa mort une oeuvre puissamment installée, d’un style original, groupant 300 moines, tant à l’abbaye que dans les celles filiales. Au coeur de cette croix « mystique », il venait de planter un centre vital, un foyer spirituel, civilisateur, dont l’éclat devait se soutenir, en dépit d’éclipses inévitables, pendant plus d’un millénaire.

    (Chan. André Laurent).

                Au XVIème siècle, la situation de l’abbaye n’est pas brillante. La commende a affaibli la communauté en nombre... et en ferveur. Et pourtant c’est la même commende qui va la sauver.... car le nouvel abbé est le Prince Erric de Vaudémont, Evêque de Verdun et abbé de St Vanne de la Verdun.

    Vaines tentatives de réforme.

                Le Concile de Trente (1545-1563) a donné des indications précises pour réformer les religieux[3] et il a demandé de réunir le plus possible les monastères en congrégation pour mieux assurer l’unité et la réforme des maisons. Le Cardinal Charles de Lorraine avait été nommé par le Pape Grégoire XIII légat pour les Trois Evêchés et les duchés de Lorraine et de Bar afin d’y mettre en place la réforme conciliaire chez les religieux, en particulier les bénédictins très nombreux. Les premières tentatives échouèrent tellement que le  bouillant légat demanda au Pape  de supprimer toutes les abbayes de sa légation !

                Devant le refus du Pape, le légat décida de procéder autrement: il choisit une abbaye qu’il voulut réformer pour qu’elle serve de modèle et de foyer pour toutes les autres. Les abbés réguliers lui indiquèrent St Vanne de Verdun et l’Evêque de Verdun , le Prince Erric, accepta. Nous sommes en 1598; le cardinal et l’évêque demandèrent aux moines de St Vanne d’élire un prieur; ceux-ci choisirent un saint religieux, Dom Didier de La Cour, persuadés que son humilité le conduirait à refuser. Ce qui arriva... mais deux moines anciens réussirent à convaincre Dom Didier d’accepter: il prit donc sa charge de prieur dans l’effroi d’une communauté mitigée qui avait élu un moine réformé !

    Le nouveau prieur

                Il était né en 1550 à Montzéville (Meuse) dans une famille de petite noblesse apparentée d’un côté à Nicolas Psaume le grand évêque de Verdun durant le concile de Trente et de l’autre à l’évêque de Toul Christophe de la Vallée.

                Profès de St Vanne de Verdun en 1575 , il étudia à l’université jésuite de Pont-à-Mousson et à Reims. Il fut ordonné prêtre en 1581. Son retour à St vanne fut très difficile: Dom Didier était un moine fidèle et très spirituel; il devint un reproche vivant pour ses confrères qui ne tardèrent pas de le renvoyer faire des études à Pont où il fut condisciple et ami de St Pierre Fourier et de Servais de Lairuelz. Il étudia les langues anciennes (grec, hébreu, syriaque) et passa un doctorat de théologie. De retour à St Vanne, la crise reprit et la communauté l’envoya en mission à Rome de 1587 à 1589 pour se débarrasser de lui. Pendant son séjour romain, Dom Didier enseigna la philosophie aux Minimes du couvent de la Trinité des Monts et ce contact sembla un moment l’attirer vers cette congrégation tant l’opposition des siens était vive à son égard. Rentrant à St Vanne en 1589, dans un climat fort tendu, il dut repartir vivre comme ermite à Rarécourt, fit un essai infructueux chez les Minimes en 1590 et rentra à Verdun. Ce fut alors huit années d’enfouissement et de persécution au monastère. En 1598, il fut donc élu prieur de St Vanne.

    La réforme monastique : les faits.

                Le Prince Erric évêque de Verdun avait obtenu du St Siège un bref papal donnant tout pouvoir pour la réforme de son ordre à Dom Didier. Le nouveau prieur procéda ainsi: ayant assez éprouvé l’opposition irréductible de certains à toute réforme, il prit la décision d’évincer de la communauté de St Vanne tous les récalcitrants en leur octroyant une pension pour vivre, en acceptant même qu’ils constituent une communauté à part dans l’abbaye. Seuls les réformés pouvaient désormais recevoir des novices. C’est d’ailleurs par la réforme du noviciat qu’il commença. Très vite quelques recrues arrivèrent et le 30 janvier 1600, il reçut la profession de cinq nouveaux moines. Bientôt, en 1603, le groupe des réformés fut suffisant pour envoyer  certains à St Hydulphe de Moyenmoutier (sur les conseils du Prince Erric de Verdun abbé commendataire de St Hydulphe) pour réformer l’abbaye sous la conduite du disciple préféré de Dom Didier, Dom Claude François. Les deux monastères créèrent ensemble une nouvelle congrégation bénédictine, de St vanne et St Hydulphe, appelée communément les Vannistes, que le Pape Clément VIII approuva le 7 avril 1604.

    La réforme monastique: les principes.

                Pour lutter contre la commende, la réforme retirait tous les pouvoirs aux abbés[4] pour les donner aux prieurs conventuels afin de sauvegarder le gouvernement monastique de l’abbaye. Le noviciat était réformé et structuré: les idées de Dom Didier furent publiées plus tard et inspirèrent les noviciats bénédictins jusqu’à la Révolution. Dom Didier introduisit la pratique de l’oraison mentale – apprise chez les Jésuites - jusque là ignorée dans la tradition bénédictine.

                Dom Didier insista également beaucoup sur la vocation intellectuelle de la vie bénédictine, « prônant une alliance indissoluble des lettres, de la science et de la piété. » Après leur noviciat , les futurs moines prêtres recevaient une formation qui durait 6 ou 7 ans, selon les candidats. Le lieu d’étude était unique pour toute la congrégation: établi d’abord à Pont-à-Mousson, il fut ensuite installée à l’abbaye de Breuil près de Commercy. Dom Didier rompait avec sa formation scolastique reçue des jésuites de Pont à Mousson pour adopter la méthode de théologie positive que son maître le jésuite Jean Maldonat lui avait enseignée. Il s’agissait de faire la théologie à partir de l’Ecriture, des Pères, des Conciles et du magistère, plus à partir de l’histoire qu’à partir de la philosophie ou de la métaphysique.

                La Congrégation était gouvernée par le chapitre général réuni chaque année. Le président de la congrégation était renouvelé chaque année et les supérieurs des maisons nommés pour cinq ans. Le voeu bénédictin de stabilité était émis pour la congrégation et non plus pour le monastère où l’on entrait. Quant au reste, les coutumes étaient celles du Mont Cassin et un bref papal de 1605 donnait aux prieurs vannistes tous les pouvoirs des abbés.

    La réforme monastique: son succès.

                Les moines du Mont Cassin envoyèrent Dom Laurent Lucalberti visiter les maisons bénédictines lorraines pour les inciter à la réforme vanniste. En sept ans, douze monastères existant choisirent la réforme de Dom Didier et une rapide extension hors de Lorraine commença, en France: le collège de Cluny à Paris, Limoges , Nouviale en Poitou, St Far de Meaux, Jumiège en Normandie.... Le Roi de France approuva très vite cette réforme et les maisons  françaises se rassemblèrent en une congrégation française !, fille de St Vanne, la congrégation de St Maur qui reprit toutes les coutumes vannistes sauf un point: les supérieurs mauristes étaient en poste autant de temps qu’il convenait sans limite de temps ni obligation de changement.

                Dom Didier de la Cour mourut à St Vanne de Verdun le 14 novembre 1623. En 1811, l’église de St Vanne menaçant t ruine, on transféra les restes du vénérable abbé dans la chapelle castrale de Monthairon (Meuse) sa patrie d’origine.

                L’essor de la congrégation de St Vanne se poursuivit très fortement jusque vers 1660. Il se ralentit alors brusquement: jusque vers 1730, la congrégation St Vanne fut déchirée par l’affaire janséniste. Ensuite, persécutée par le gouvernement royal français (la commission des réguliers)  elle reprit son essor et à la veille de la Révolution, elle comportait 622 religieux en 50 maisons.


    [1] Le chorévêque est un dignitaire ecclésiastique adjoint à l’évêque du lieu pour donner la confirmation, les ordres mineurs, pour consacrer les Èglises sans aucun pouvoir dans la direction du diocèse.

    [2] Hydulphe n’était pas sans savoir ce que St Dié avait fondé dans la ville qui porte maintenant son nom et St Gondelbert à Senones et Bonmoutier.

    [3] La 25ème session du 3/11/1563

    [4] 6 abbayes seulement de la congrégation St Vanne étaient gouvernées par un abbé régulier: Moyenmoutier, Senones, Munster, St Airy de Verdun, Faverney  et St Léopold de Nancy