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Histoire des chrétiens de Lorraine #8

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    Les premiers saints, martyrs sous Julien l’Apostat (330-363). Les martyrs de notre région ont reçu la couronne des témoins jusqu’au sang sous la persécution de Julien l’Apostat de 361 à 363.

   L’Empereur en effet, souhaite un retour à la philosophie antique et au paganisme : il persécute donc les juifs et les chrétiens. Cette date tardive des martyrs est une confirmation de plus de la petitesse et de la discrétion de la communauté chrétienne du pays des Leuques. Dix ans plus tard, les chrétiens seront plus hardis pour détruire, par exemple, le temple de Deneuvre. (375)        

Approchons de plus près ces belles figures de témoins du Christ, jusqu’au bout, au mépris de la mort.                             

 

Ste Libaire_3.JPG  Sainte Libaire une bergère.

Elle naquit et mourut à Grand, à l‘ombre du Temple d’Apollon dont nous avons parlé. Sa vie nous est connue par une Passion écrite au 11ème siècle. Bergère, chrétienne de la première génération, elle fut arrêtée pour ce motif et fut sommée d’adorer les divinités officielles. Son refus entraîna son exécution, « sur la voie romaine, en direction de Soulosse, à la deuxième  borne milliaire ». Les fidèles ramenèrent son corps dans la ville, aux portes, là où s’élève aujourd’hui la chapelle qui lui est dédiée. Un cimetière – qui existe toujours - commença à se former autour de sa tombe.


Statue de Sainte Libaire au musée de la terre à Rambervillers1 (1).png

La chapelle Ste Libaire à Grand

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Vie de Sainte Libaire en bande dessinée ICI

 

elophe.pngSt Elophe.

C’est le premier martyr lorrain et l’un des plus anciens personnages religieux connus de notre histoire. Comment le connaissons-nous ?  Par une Passion contenue dans un manuscrit de Cologne, rédigé peu après 1036, et conservé à la bibliothèque Royale de Bruxelles. D’autres manuscrits se trouvent dans les bibliothèques de Glogaw  en Silésie, de Ratisbonne, Trêves…

Saint Elophe : statue du XII dans l'église Groß St Martin de Cologne

 

 

Nous sommes donc toujours sous Julien l’Apostat. Selon le récit de sa Passion, Elophe appartenait à une famille patricienne de Grand et aurait plusieurs frères et sœurs : Euchaire, Menne, Libaire (la martyre ?), Suzanne, Ode et Gontrude.  C’était un chrétien zélé et intrépide qui n’hésitait pas à proclamer sa foi à Grand et à Soulosse (Solimariaca), petite ville construite en dessous d’un oppidum gaulois situé sur le haut de la colline et signalé dans les anciennes cartes que sont l’Itinéraire d’Antonin et la Table de Peutinger. C’était un relais romain situé auprès du pont qui enjambait le Vair.

Le zèle d’Elophe le conduit même à détruire des idoles païennes. Arrêté par les autorités romaines locales, il est jeté en prison, jugé et condamné à la décapitation, signe de sa condition sociale élevée. L’exécution a lieu au bord du Vair, à Soulosse aujourd’hui. La légende raconte qu’aussitôt après son exécution, il prend sa tête dans ses mains et remonte la colline voisine avec un arrêt dans la montée au bord d’un rocher qu’on voit encore, avant de mourir, en haut de la colline, là où se trouvent aujourd’hui l’église et son tombeau. Un pèlerinage se crée aussitôt, ininterrompu jusqu’à nos jours, et de nombreux miracles. Telle est rapidement résumé le texte de cette Passion lue aux fidèles à Cologne chaque année au 16 octobre. 

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Le tombeau de St Elophe dans le chœur de l’église. Ce tombeau est une dalle sur sept petits piliers auxquels s’adossent des figurines  humaines : la famille de St Elophe ? Mais il y a aussi Véronique et son linge ? St Elophe, en gisant, est représenté en diacre…puisqu’il prêchait ! Son visage est particulièrement paisible.

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Le portement de tête : ce fait est raconté pour la vie d’une soixantaine d’autres martyrs. On les appelle les saints céphalophores. Le plus célèbre est St Denis de Paris. Ce détail a une portée mystique : St Jean Chrysostome dit à propos de deux martyrs décapités d’Antioche : « De même que les soldats montrant les blessures qu’ils ont reçues en combattant, s’adressent au Roi avec confiance, ainsi les martyrs portant dans les mains leur tête coupée, obtiennent du Roi des Cieux tout ce qu’ils veulent. » La théologie est devenue légende avec une vision mystique : le martyre a unifié sa personne dans la grâce et le signe est que sa tête (l’intelligence et la compréhension rationnelle) est dans son cœur (siège de l’affection, des émotions mais aussi, surtout selon la bible, centre de la personne, là où Dieu habite en l’homme.)

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            L’archéologie complète nos sources écrites : le catalogue des fouilles faites à Soulosse présente une centaine de très beaux objets découverts en 1694, 1818, 1948 et 1967. Parmi ces objets, deux, du 4ème siècle, nous intéressent plus particulièrement dans notre histoire : une inscription lapidaire déposée au musée d’Epinal, en mémoire de deux femmes qui étaient devenues chrétiennes ; une coupe de bronze sur laquelle est gravée le poisson. En effet, en grec, le mot poisson s’écrit « ichtus » et chaque lettre parle du christ dans une belle profession de foi !

I          Iesus
Ch       Christ
T         de Dieu (theos en grec)
U         le fils (uios en grec)
S          Sauveur. 

 

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Deux exemplaires provenant des catacombes St Callixte à Rome 

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De plus, autour du tombeau du saint dans l’église, on a trouvé des tombeaux mérovingiens, datant du 6ème siècle, de notables qui se sont fait enterrés là volontairement. La dévotion au saint date donc d’une époque proche de son martyre.[1]

On peut suivre à pied le chemin du martyre : La chapelle Ste Epéotte : lieu de la décapitation, dans un méandre du Vair. Elle date du 16ème siècle. Elle fut tenue longtemps par un ermite. La fontaine, à mi-côte, source coulant d’un versant calcaire bien connue dans nos régions. La reculée : une petite grotte dans un rocher, lieu de  repos du martyr ;  la chaire de St Elophe dans le cimetière : elle proviendrait d’un édifice gallo-romain des alentours car la pierre n’est pas celle du pays ou peut-être même de l’amphithéâtre de Grand, comme les sièges curules réservés aux notables. Enfin, l’église et le tombeau : du 11ème siècle et du 13ème, terminée au 16ème siècle.

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Chapelle Sainte « Epeotte » (= la petite épée) au bord du Vair où fut décapité St Elophe.

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Depuis la chapelle Ste Epéotte : l’église sur l’oppidum où est enterré St Elophe

Visite de la chapelle Ste Epéotte ICI 

[1] St Gérard en 965 vint vénérer les reliques, en fit trois parts, une pour le lieu, une pour la cathédrale de Toul et une pour Cologne (Grand St Martin puis aujourd’hui la cathédrale) qu’il se chargea lui-même de porter dans sa vile natale. On possède même le parchemin du Xème siècle relatant l’acte de St Gérard !

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